2025
4 / 5 janvier 2025
La salle " Ilétenksakeut "
Vincent, Romain, Marine.
Nicolas, Antoine
TPST : 29 h 00
Les sorties précédentes et le lot de questions qu'elles ont soulevées nous ont motivés, une fois de plus, à nous rendre dans le réseau V. On se rejoint tous sur le parking de l'OCA samedi matin aux alentours de 9 h. L'ambiance est bonne, ça discute des missions et du matos nécessaire, chacun prend un peu de ce dont on a besoin : cordes, Disto, pulses, Dyneema, batteries, perfo, mèches… Les kits se remplissent et s'alourdissent. Les civils laissent place aux spéléos qui apparaissent petit à petit, dans leurs combis multicolores : un rouge, un jaune, un bleu…
Nous descendons les puits et je prends de l'avance dans les galeries : je sais que je vais encore être à la traîne. Le reste du trajet se passe jusqu'à la lucarne d'explo sans problème, même dans le Lapinus : le P90 semble désormais débarrassé en grande partie de la boue qui tapissait jadis ses murs. Fini le risque constant de se prendre 500 g de boue caillouteuse lancée à pleine vitesse d'une hauteur de 40 m, finis les pâtés d'argile sur le casque, et finie l'idée de perdre un œil si un malheureux réflexe nous dictait de lever la tête au mauvais moment. Ce temps semble révolu, enfin !
Il n'y a rien à déclarer sur le chemin, excepté l'enthousiasme qui m'envahit à l'idée d'affronter la lucarne que nous avons déséquipée lors de notre dernière séance. C'est aussi plaisant que ce que j'imaginais : je ressens la douce satisfaction du travail accompli en franchissant cet obstacle, sans problème, seule avec mon kit. Une consigne est donnée de vérifier certaines Dyneema sur notre passage, et nous en changerons une en bas des puits du Lapinus.
Une fois dans la zone d'explo, nous formons deux groupes : Nico et Antoine partiront dans le bout de l'aval ; quant au trouple, nous commencerons par descendre le puits du Petit Spéléo avec deux attentes : soit ça queute et on peut récupérer le matos, soit ça continue et on est fixés sur ce point d'interrogation et sur le matériel qu'il faudra y amener.
Je crois que c'est la première fois que les explos avancent entre trouple, et ça m'enchante de retrouver la bande originelle ! Je pars devant pendant qu'ils commencent la topo. Je reviens enfin à cet endroit qui m'a tant frustrée la dernière fois. Le puits du Petit Spéléo, à nouveau seule, et avec cette redondante comptine en tête, je m'apprête à terminer enfin cette mission qui me tenait à cœur. Je retrouve les points que j'avais percés avec un subtil mélange de tendresse et de frustration et j'y passe mes Dyneema avec une délectation certaine. J'imagine que ça queute, je ne sais pas bien pourquoi, mais ça me semble évident.
Arrivée à la base du puits, je découvre que ce que je prenais pour une paroi est en fait une grande arête qui forme une séparation, amenant à une tête de puits. Ça ne queute pas du tout, voire c'est énorme ! Le diamètre de ce puits n'est pas des plus impressionnants au vu du reste du réseau, mais sa profondeur, elle, nous laisse rêveurs. Je sécurise la descente en réalisant un frac au niveau du palier, puis j'invite mes compères à descendre. Nous jetons un caillou : il tombe en chute libre pendant deux ou trois secondes, puis se heurte à un palier, puis un autre, puis un autre, puis un autre… Au final, il faudra dix secondes au caillou pour être stoppé dans sa chute ! Nous sommes aux anges ! Serait-ce le chemin pour le réseau IV ? Le réseau III ?! On fabule presque sur le réseau VI… C'est un mystère pour l'instant, seuls les tirs réalisés ce jour-là permettront de déterminer la position de ce puits.
J'équipe comme une merde. Clairement, je suis une novice avec un peu de technique et je me pose beaucoup de questions. Là, on a un matos limité, une limite de temps également, et une configuration de puits que je n'avais jamais rencontrée auparavant. Tout d'abord, quand je visualise des points qui seraient parfaits pour le descendre en direct et que je sonde, tout est mauvais. Ensuite, je juge mal la suite et fais un peu frotter ma corde avant d'être subtilement invitée à réfléchir et à rééquiper proprement ! Bref, beaucoup trop de temps pour peu de progression, mais ça fait partie de l'apprentissage et mes compères sont d'une patience inébranlable.
On plie bagage vers 17 h. Vincent souhaite équiper la vire au fond de la galerie des Aragonites. À ce jour, l'une des plus prometteuses en termes de suite, et pourquoi pas de chemin vers la surface : c'est celle où il y a beaucoup de courant d'air, des puits propres, montant et descendant sur tout son long, et avec tout ça, les points d'interrogation qui suivent…
Pendant ce temps, Antoine et Nico sont dans l'aval et continuent d'avancer en supprimant les points d'interrogation au fur et à mesure. Méthodiquement, ils se rendent dans la faille orientée N-S et retournent du côté du « puits du Sud ». Il est topoté, déséquipé, et désormais nos explorateurs reviennent sur leurs pas afin de supprimer un à un tous les points d'interrogation qu'ils avaient notés.
Le compte rendu produit par Antoine ce week-end-là donnera des informations plus fiables sur leur parcours, mais en gros :
Ils tentent leur chance dans une fissure pénétrable, ventilée et active dans la paroi est, mais il faut une séance d'escalade. Ils désobstruent les blocs instables situés en bas pour atteindre une lucarne qui donne sur une bulle, et leur progression est stoppée par une méduse de calcite. Ils tentent la dernière option dans cette zone, qui est de descendre le puits de 45 m qui s'offre à eux. Malheureusement, absence de courant d'air et suite potentielle dans des blocs instables : pas très intéressant…
Leur prochain objectif est le puits de la vire, équipé en fixe, qui mène à un méandre dans lequel Nico arrive à s'avancer suffisamment pour arriver devant un puits avec un beau volume. Ils sont galvanisés par le sondage au caillou : c'est du gros. Ils doivent préparer le terrain et reviendront pour élargir le méandre et la tête de puits. Ils supposent que ce puits pourrait être un accès au réseau IV, ou au moins que c'est du très gros, mais seul l'avenir nous le dira !
Mais revenons au trouple… Après avoir remonté les puits, affronté la boue située sous le bivouac et réorganisé les affaires, nous nous lançons à l'assaut de la galerie des Aragonites avec deux missions : poser une corde sur une pente boueuse qui mène au puits des crottes et équiper une vire à la fin de la galerie.
Nous arrivons devant la première mission : Vincent prend les devants et se charge de monter la pente de boue et d'y installer la corde. La scène est drolatique : déjà, la montée est rendue compliquée par la présence de boue et l'absence de prises, mais la descente le gratifiera d'une jolie glissade dont je me délecterai allègrement !
Nous rangeons tout notre barda sorti pour l'occasion et partons vers la fin de la galerie afin d'y équiper la vire. Vincent part en tête avec ses pulses afin de voir si ça vaut le coup, pendant qu'à portée de voix, je discute avec Romain.
Nous patientons, et le temps semble long quand on est assis dans la glaise collante, que nous n'avons pas encore mangé, que nous sommes boueux, frigorifiés, et que nous ne pouvons nous empêcher de songer avec humour à tous les endroits sur Terre où nous pourrions être à la place de cet endroit inhospitalier, à patienter sagement dans le froid, comme des cons.
Il est bientôt 22 h quand Vincent nous appelle : ça continue ! Il est parvenu à un balcon de calcite, à 7 m du sol d'une salle traversée par une arche. La salle mène directement à un palier permettant de monter, mais aussi de redescendre. Est-ce qu'on va voir ? L'ambiance générale est plutôt à aller se faire chauffer un lyophi au bivouac qu'à continuer l'explo toute la nuit. Il équipe tout de même la verticale pour jeter un coup d'œil, mais en contrepartie, nous votons pour que la salle porte le doux nom de « Ilétenksakeut », en souvenir de notre souhait et de l'atmosphère qui régnait lors de sa découverte.
On échange alors les rôles, et Romain prend le relais sur l'équipement, histoire de se bouger un peu, pendant que je reste à discuter avec Vincent. On est ric-rac niveau matos, ça va être un peu galère pour lui.
Avec Vincent, ça fait longtemps qu'on ne s'est pas vus et on rattrape un peu le retard. Ça fait plaisir de faire de l'explo ensemble. Nous discutons, et comme avec Romain, nous finissons par prendre du recul sur notre condition : deux idiots fatigués, affamés, frigorifiés, chacun assis sur un bout de rocher humide dans l'espoir de se séparer, un tant soit peu, de la mare d'argile dans laquelle nous baignons… Une plage de sable fin, un sommet blanchi par une neige immaculée, un océan coloré par la faune, ou juste un bon petit feu de bois dans une verdoyante forêt… Ça a l'air cool aussi, non ? Sourire aux lèvres, nous interrogeons les raisons respectives qui nous ont poussés à nous trouver ici et maintenant, ensemble dans cette situation. Mais qu'est-ce qu'on fout là, bordel !
Aux alentours de 23 h, Romain nous appelle, et avec Vincent, on se lance dans la topo la plus foireuse de ma courte carrière !
On est tous bien fatigués, on commence à faire de la merde et à perdre du temps sur des détails à la con, des râles de seum se font entendre dans la cavité.
Côté topo, l'application TopoDroid décide de n'en faire qu'à sa tête et de ne pas enregistrer mon croquis ; à chaque fois que je change de vue ou que je veux vérifier les stations, elle efface méticuleusement mon œuvre, qui devient malgré elle éphémère. Frénétiquement, je retrace, encore et encore, avec la pulpe de mon doigt froid et boueux, l'affreux dessin, sur un support désormais plus proche de l'ardoise magique que du smartphone.
Du coin de l'œil, j'observe un drôle de phénomène : un Romanoïde-spéléus est prostré depuis un moment devant une paroi et j'observe une tentative de tisserand… Puis une autre… Puis encore une autre. Je connais ça, c'est Salvador qui nous l'a enseigné : c'est le grand retour du tisserien !! Il est vraiment temps de se casser d'ici.
Romain parvient à équiper, même si c'est un peu bizarre… Ça méritera d'y repasser avec du matos pour refaire bien propre. Une fois le bout de topo terminé (en tout cas, les relevés) et l'équipement en quasi-fixe posé, on fonce au bivouac : il est temps de manger et de se reposer un peu.
Antoine et Nico sont déjà là. Ils nous racontent leur journée, nous leur racontons la nôtre, et j'adore ce petit rituel : tout en faisant sa popote et en buvant tous à la même flasque, les retrouvailles nocturnes s'organisent dans une ambiance collégiale. Toutes les équipes ayant œuvré aujourd'hui, chacune dans sa zone, s'informent des suites qu'elles ont trouvées, des indices repérés, des avancées effectuées, et nous partageons l'enthousiasme de chacun. Ces moments illustrent parfaitement l'esprit de camaraderie et de partage qui règne entre nous et que je ne retrouve nulle part ailleurs.
Cette nuit est particulièrement compliquée pour moi : je n'arrive pas à m'endormir, et quand j'y parviens, je me réveille toutes les dix minutes pour me retourner tant les matelas sont durs. Je pense que c'est la dernière fois que je dors comme ça, c'est décidé : la prochaine fois, je me ramènerai un hamac, comme Antoine et Vincent.
Le lendemain est un peu difficile avec la nuit précédente, mais le retour jusqu'aux galeries se passe globalement bien. Je traîne toujours la patte quand il s'agit de marcher dans celles-ci. Entre le point bas et la base des puits, c'est un dédale de blocs qui monte pendant longtemps, et je n'ai jamais acquis l'endurance pour être efficace au retour dans ces passages-là ! Néanmoins, j'ai au moins appris le chemin depuis. J'invite mes camarades à avancer à leur rythme, je finirai bien par les retrouver ! Ils s'exécutent, et pendant longtemps, je peux encore distinguer leur lumière, mais nous sommes tout près de la sortie, dans l'Odyssée : ça va le faire.
Mais peu à peu, je vois disparaître le scintillement de leur lumière, le son de leur voix s'amenuise, et bientôt il n'y a plus que moi, le calme, le filet d'eau ruisselant à mes pieds, les gouttes qui résurgent du toit et s'écrasent sur le sol. J'avance en suivant les conseils qu'on m'a maintes fois répétés : en descendant, tu serres à droite ; en remontant, tu serres à gauche. Je serre donc à gauche, jusqu'à un croisement où je ne reconnais plus le passage. Je doute, mais je m'engage en suivant les précieux conseils et j'avance jusqu'à un bloc caractéristique marqué d'une écriture noire, et ça ne me dit rien du tout. J'ai dû louper un truc…
Je fais demi-tour, j'hésite, je tourne et je vire dans l'Odyssée sans savoir avec exactitude que je m'y trouve encore, et je commence à me sentir bizarre. Un combat se met en place dans ma tête : je sais pertinemment que je suis proche de la sortie, que je n'ai pas à m'inquiéter, je n'ai pas le droit de paniquer maintenant, mais je ne peux pas m'empêcher de m'imaginer avoir bifurqué je ne sais où, et le sentiment d'être égarée devient pesant.
Au bout d'une vingtaine de minutes et de quatre allers-retours, j'ai chaud, mon cœur bat la chamade et des larmes me montent aux yeux. « Gna gna gna, partez devant, je vous retrouverai bien vite ! » Mais quelle conne ! Je prends quelques grandes inspirations, essuie les émotions qui tentent de s'échapper par mes yeux et je reprends ma recherche, calme et méthodique. Finalement, je persévère face au bloc qui m'avait semblé suspect lors de mon premier passage, je le dépasse, et 100 m plus loin, une voix vient à ma rencontre. La peur me quitte brutalement pour laisser place à un mélange de culpabilité et de soulagement, enfin.
Depuis le début, j'étais littéralement à moins de cinq minutes à pied de la base des puits. Je viens de toucher du doigt les « erreurs de fatigue » et j'en conclus qu'à cet endroit, je suis la plupart du temps tellement fumée que je ne fais que regarder mes pieds et suivre le groupe comme un zombie.
Le reste de la remontée est fluide, tout se passe sans accroc. La première bouffée d'air est toujours un soulagement, et dès que le dernier passe la tête hors du trou, on se dirige sans plus tarder vers le parking, dans l'espoir de fuir le froid venteux du plateau qui tente de nous envelopper dans son étreinte glaciale.
Cette sortie, comme presque toutes celles que nous faisons en ce moment, apporte encore des réponses autant qu'elle ne soulève de questions : où se trouve l'accès au réseau IV ? Dans les puits de l'aval ou dans le puits du Grand Spéléo ? Où mènent les puits propres qui bordent la galerie glaiseuse des Aragonites ? La dernière salle explorée au bout de cette même galerie s'approche du réseau III, mais est-ce que ça en sera l'accès ?
À suivre pour soulever des réponses et poser de nouvelles questions…
En sortant ce dimanche 5 janvier 2025, nous apprenons, un à un, la triste perte d'un pionnier de la spéléologie de la région : Abel Chochon. Nous sommes tous touchés par sa disparition, et quand nous trouverons un endroit digne de ce nom, nous le nommerons après lui. Ce ne sera qu'un petit hommage et un devoir de mémoire envers ce monument de la spéléologie dont nous sommes tous les fiers héritiers.
4 / 5 janvier 2025
Le puits Abel
Antoine, Nicolas
Romain, Vincent, Marine
TPST : 29h00
On progressera tous ensemble à l'aller et au retour de la zone d'explo, on se réunit aussi au bivouac,
mais les explos de la journée de samedi seront divisées en deux groupes dans des zones différentes dans un but de rendement.
Marine, Vincent et Romain dans une zone centrale du réseau.
Nicolas et Antoine au bout de l'aval du réseau.
Au terminus de l'aval du réseau 5, dans la faille orientée N-S, il y a le « puit du Sud » qui n'a pas donné de suite évidente la dernière fois.
On procède dans l'ordre en étant bien organisés, ce puit étant topoté et déséquipé, on supprime les points d'interrogation un par un en revenant sur nos pas dans la faille.
Premier objectif : une fissure pénétrable, ventilée et active dans la paroi Est de la faille.
Il y a une suite vers le haut, dans laquelle on organisera une escalade.
Vers le bas, des blocs, certains très gros, sont coincés en travers. On peut apercevoir à -5 un passage sortant du puit faille vers l'Est.
Le puit faille semble plutôt profond lorsqu'on le sonde.
Pour atteindre cette lucarne à -5, on a prévu un kit de désob « ultra-light » afin de sécuriser la zone des blocs instables, aucun risque ne devant être pris dans cette région reculée…
Après quelques négociations, la zone est assainie, tout est parti en bas.
La lucarne est atteinte et donne dans un petit volume semblant correspondre à une arrivée mais complètement obstruée par une méduse de calcite.
On se rabat donc sur la descente du puit. Celui-ci s'élargit en descendant pour atteindre au maximum 5 par 5.
Tout au long de la descente est réalisée une purge exceptionnelle à cause des blocs de la désob ayant glissé sur des paliers et fracassé d'autres roches pour rajouter des blocs instables. Je parle de blocs d'une tonne !
Tout est balayé à la base du puit, 45 m plus bas, il n'y a pas de courant d'air, et on peut deviner une suite impénétrable à travers les blocs. Peu d'importance.
On déséquipe sans topoter, ce P45 ne méritera qu'un croquis et pas de nom !
Objectif suivant : le puit de la vire (P30).
Toujours en revenant sur nos pas, la dernière fois nous avons exploré ce large puit, que nous avions laissé équipé en fixe car la suite semblait intéressante.
Un méandre d'une dizaine de mètres donne accès au P10 que nous équipons alors.
Beau volume, nous recoupons un actif qui part dans un méandre soufflant, étroit mais qui semble pénétrable sans prendre de risque par Nico.
Celui-ci se dépoile, s'empare d'un marteau et avance de quelques mètres avant de découvrir un vide impressionnant !
Le sondage au caillou nous redonne la fièvre !
L'étroitesse de la tête de puit et le méandre y menant ne permettent pas d'équiper pour l'instant dans de bonnes conditions.
Le puit est estimé à une profondeur entre 60 et 100 m, et s'élargit considérablement directement après le départ.
Sûrement l'accès direct au réseau 4.
On pourra l'appeler le puit Abel, en son hommage !
Cela demandera une séance d'élargissement, et Nico pourra descendre ce puit, il lui est désormais réservé. Il a pris un ticket !
Nous commençons quelques aménagements en prévision de la future séance.
À la base du puit de la vire sont stockés burin, massette et pied de biche.
Dans cette zone il reste donc, dans l'ordre du retour :
• L'artif en haut du puit sans nom.
• Ce nouveau puit.
• Le puit faisant suite au puit parallèle.
• L'artif en haut du puit de la première première.
• Les deux lucarnes du puit de la première première.
• Le puit faisant suite au puit de l'obus.
Au bivouac, on peut retenir que Vincent se confectionne ses propres repas lyophilisés, qui ont l'air bien meilleurs que les nôtres. Que ceux qui choisissent de dormir en hamac en sont plutôt satisfaits à chaque fois et que Marine fournit beaucoup d'efforts pour tenir notre bivouac propre, ce qui est essentiel pour la pérennité des explorations.
11 / 12 janvier 2025
Mission Paparazzi
Vincent, Romain, Elia, Ondine, Elsa, Florian, Marine
TPST : 33 h
Entrée sous terre samedi vers 10 h
Sortie vers 19 h pour le dernier le dimanche
Marine, Florian : équipe photographies dans la galerie Aval
Ondine, Elia, Vincent : équipe prélèvements dans la galerie des Aragonites
Romain et Elsa : équipe prélèvements dans la galerie Aval
Tous ceux qui y sont allés m'ont rabâché :
« Flo ! Faut que tu y ailles et que tu fasses des photos ! C'est dingue ! »
Mais planning compliqué pour moi, alors on cale ça pour le week-end du 11–12 janvier 2025, longtemps à l'avance.
À l'approche du week-end fatidique, toujours une toux qui persiste. Des doutes arrivent également : ai-je vraiment la caisse pour y aller ? Et si je n'étais pas à la hauteur ? Ou que je rate les photos et déçoive le collectif ? Et si ma fille me fait une nuit catastrophique juste avant, je vais être KO !…
Le samedi matin, je récupère Ondine chez elle et elle me dit se poser les mêmes questions : est-ce que l'on fait bien d'y aller ? C'est un peu tard pour poser un lapin quand même (pas trop notre genre, en plus).
Au parking de Calern, on retrouve la team de La Plafonnière qui se prépare (Manon, Lucas, Théo et Gilbert pour les Taupes, Jacques et Carla pour les Magnan).
Ils sont beaux et motivés, ça fait plaisir de voir toute cette émulation sur ce plateau calcaire !
Pendant qu'ils se répartissent le matos, je prépare mon « studio photo » à la camionnette et vois Manon passer avec des tablettes de chocolat ! Ni une ni deux, d'un courage infaillible, je lui en réclame ! Et Manon, au grand cœur, cède à ma requête… Quelle générosité ! ????????
(La plaque sera partagée avec toute l'équipe du réseau V, qui remercie Manon !)
Bref, je tire le portrait à nos collègues du réseau 1 et les laissons s'en aller, alors que nous faisons, à notre tour, les préparatifs.
Salvador décline forfait car malade. On anticipe une nouvelle répartition des équipes quand on sera arrivés au réseau V. Ça va le faire, on a de la place dans les kits.
Les premiers entrent dans le réseau vers 10 h 15. Je serai avant-dernier vers 10 h 35, avec Romain clôturant le cortège.
Descente fluide, mais on rattrape l'équipe précédente dans le Goliath, malgré le départ différé.
Petite pause à la base des puits pour se regrouper et stocker le matériel dans les kits pour ne pas les salir inutilement. Jusqu'à la Clue, nous serons en terrain connu. Hormis Ondine et moi, tout le monde est déjà allé au nouveau réseau.
Nous grignotons avant les Funambules car, comme l'a dit Elia :
« Je le fais pas le ventre vide » (pas bête !).
Remplissage des gourdes et bouteilles grâce aux filtres BeFree (que je ne connaissais pas), et c'est parti pour le coup de chauffe, à 13 h passées. Vincent et Elsa sont en tête, Marine guide Elia et Ondine, je suis, puis Romain clôture et m'aide également. De précieux conseils quand on ne connaît pas le secteur !
Sauf quand ça ne marche pas…
« Une fois que tu as compris qu'il faut garder le kit sur le dos et progresser voûté en permanence, ça passe tout seul »
(Romain Meynard, futur guide spéléo ????).
Alors, si ça peut servir à quelqu'un dans le futur : si tu fais 1,80 m, que tu es un peu large (d'épaules, des hanches ou autres) et que tu as décidé de faire de la photo, ne garder qu'UN seul bidon rigide dans ton kit et surtout prendre un kit avec bretelles RÉGLABLES.
Sinon, tu vas finir comme moi, à pester intérieurement contre Romain qui répète que ça passe tout seul (rrrraaaaaahhhhhhh !!!!) et à devoir retirer le kit en permanence parce que ça bloque.
Malgré tout, on arrive à la base des escalades en une heure et une dizaine de minutes.
Même composition que précédemment : Ondine jouit des indications de Marine, et moi de celles de Romain (qui ne sont pas toujours les mêmes ????????).
Dans les puits-failles, Romain joue de la massette derrière moi. J'ai quand même un peu peur s'il me rattrape !
Arrivés à la lucarne du grand puits, et c'est grand ! Et j'aime pas quand c'est trop grand ; j'anticipe, surtout après avoir lu tous les CR des explos, en m'attendant à une zone pourrie, des parois instables, des blocs de boue volants… Et bah non ! Ils ont tellement bien travaillé que ça file tout seul !
Stress inutile donc…
Pause avant le dernier puits pour que la fana des nonos observe et donne son avis sur un joli reste de… de ? Elle sait pas ! Mais elle sait ce que ce n'est pas ! Donc ça élimine quelques bestioles de la liste. Dans le doute, nous quitterons le lieu en présumant que c'est de la baleine ! Une belle époque où Calern était une station balnéaire pour cétacés… ????
Fin des efforts et début des émois après 17 h. Cette belle arrivée en lucarne, avec vue sur du gros volume, est grandiose et réjouissante. Antoine et Romain devaient être tellement fous ce jour de première !
Petite pause pour lâcher du matos, se restaurer, revoir les missions et les équipes, définir une heure de rendez-vous au bivouac pour le dodo.
Ainsi, trois équipes sont constituées :
-
Elsa et Romain, pour la team scientifique réalisant des prélèvements côté aval
-
Ondine, Elia et Vincent, même mission mais côté amont du réseau V
-
Marine et moi, pour la photo (ô joie, la plus folle du groupe !)
Nous faisons le chemin aux côtés du binôme scientifique en repérant les spots photo à réaliser au retour. Il faut assez peu de temps pour réaliser que c'est exceptionnel. Dès qu'on dépasse le miroir de faille et le grand volume du début de l'aval, on rencontre déjà fistuleuses et aragonites.
S'ensuit une multitude de trésors de la nature que ces perspicaces spéléos sont venus mettre en lumière. Et avec ça, un constat rapide : je n'aurai jamais le temps de tout photographier et, avec un très grand angle, beaucoup de scènes ne sont pas réalisables sans risquer de trop dégrader les zones sensibles.
Mais l'œil et le cœur sont conquis. Un tel foisonnement de concrétions, et de ces dimensions… Les découvreurs ne l'ont pas caché, mais le voir, c'est autre chose !!! Toutes les autres cavités du département deviennent fades à côté de ça !
Entre les bouquets d'aragonites taille XXL, les concrétions en « brosse à dents », les stalagmites couvertes comme des sapins… Sublime !
Il faut pourtant poursuivre le cheminement en prenant garde à ne suivre qu'un seul sentier pour préserver le site au mieux.
On arrive à la galerie Jumbo et irons faire quelques pas pour laisser nos scientifiques démarrer leur travail.
On fait de même dans le tronçon précédent, dont la galerie a une forme en trou de serrure mais large sur le bas. Premier spot photo, mise en chauffe (pas la plus belle), et on papote en même temps. Un des flashs m'embête (comme d'hab'), je le pose dans la valise étanche le temps de faire les réglages, et ça déclenche enfin.
« Ça fume ! » s'exclama soudainement Marine, s'interrompant nette dans sa phrase entamée.
« Hahaha », pensais-je une demi-seconde en tournant la tête vers la valise étanche… et merde ! Ça fume ! ????
Il semblerait que le flash, collé aux mousses isolantes et déclenché à fond, ne soit pas une bonne idée… Heureusement, pas de départ de feu et, en plus, le flash fonctionne ! Elle est pas belle, la vie ?
Premier spot photo fait, on se retourne pour faire le gour qui, malheureusement, ne peut être réalisé sans pourrir la vasque (ou en volant, mais je crois que personne n'a cette capacité ici).
Quelques réglages, et j'ai une belle ligne du bas du gour qui se dessine, je suis content.
Je regarde encore un peu le cheminement mais, bien que la galerie ait une belle symétrie, ce n'est pas un spot à absolument photographier aujourd'hui.
On range le matos et, pour éviter de tout remettre en bidon à chaque fois, Marine offre de sa personne pour accueillir en son sein quatre flashs.
Pour éviter toute interprétation bizarre, je précise qu'elle les range dans sa doudoune directement : ça les protège, ça les garde au chaud, ça leur permet de rester propres.
Elle me rappelle juste de ne pas les déclencher, car sa doudoune est en synthétique 100 % et qu'elle n'a pas envisagé de prendre feu aujourd'hui ! (Si jeune et si prévenante déjà !)
On redescend au croisement, allons voir de l'autre côté après avoir manqué de glisser sans gants dans la glaise, et que Marine ait montré un sens de l'orientation à la hauteur de celui d'Ondine (pour ceux qui ne savent pas, il équivaut à environ 0/20). Rien qui m'enchante ici, on va plutôt aller voir ce que la galerie des fistuleuses a à proposer.
Comme son nom l'indique, après un passage à quatre pattes, nous découvrons des… fistuleuses !
Notamment deux zones où elles sont plus concentrées et un peu plus grandes. Mais difficile de projeter le positionnement des flashs : l'espace est plus restreint, le cheminement délicat pour ne rien casser et, enfin, la difficulté de photographier ces fines concrétions sans qu'elles ne soient complètement surexposées.
On y passe du temps. Marine m'apprend du vocabulaire du cinéma (la « décroche ») au passage et se dit que je suis peut-être un usurpateur, en fait… ????
On teste différents cadrages et mises en scène et finissons par avoir un résultat correct (dont une avec un modèle qui louche sur la concrétion, à garder en tête pour plus tard dans le CR ????). L'heure file et il y a tant à faire encore…
Nous rebroussons chemin pour aller vers les « brosses à dents ». Comment les définir sans illustration ? Une stalactite sur laquelle une brosse aurait poussé à la perpendiculaire ?
Mais une grosse brosse ! Genre… pour baleine ! On y revient ! ????
Là, l'équipe scientifique de l'amont nous rejoint. Ils ont fini de leur côté (n'ayant pas trouvé l'un des spots à prélever) et nous filent un coup de main. On se regroupe tous le temps de faire cette photo, puis Vincent et Elia repartent de leur côté et nous poursuivons maintenant à cinq.
Sur ce tronçon de parcours, l'abord du puits est flippant… Marine le passe en speed. On dirait un énorme dépôt qui a été soutiré en partie. Ça ne rassure pas mais, en y repensant après coup, il y aurait une belle photo à faire !
Spot suivant : les aragonites soufflées par le courant d'air ! Mamie Elsa se prête au jeu du modèle pour cette fois. Avec sa rouille dans les genoux, on dirait une vieille dame qui découvre la spéléo !
Bon, pour être honnête, j'ai surtout un flash qui emmerdait et ça a mis une plombe. Donc Elsa est restée dans une position moyennement confortable et dans le courant d'air.
Là aussi, je pense qu'il y a mieux à faire en photo. Tellement de possibilités d'angles de prises de vue, d'éclairages…
Après ce spot, l'heure tardive fait qu'Elsa et Ondine iront au bivouac pendant que Marine et Romain m'accompagnent pour faire le grand volume du début du réseau aval. Il y aurait d'autres choses à faire en route mais le temps manque, ou pas le bon objectif photo, etc., etc.
Une autre pause m'est tout de même accordée sur des aragonites ayant poussé sur des stalagmites. Bizarrement, je ne l'ai pas vraiment vu à l'aller alors que c'est un passage « étroit » et relativement évident. L'occasion de faire des photos avec un peu plus de proximité ! Romain fera le modèle pendant que Marine fait la porte-flash derrière moi.
On reprend la route pour du grand volume : c'est plus simple dans ces cas-là → gros flash 360° à fond, les autres en appoint, et tu fais tout péter ! Le résultat est vite là, ou alors c'est l'heure qui fait boucler le travail… Minuit… Déjà…
On remballe tout et allons au bivouac, que je découvre enfin. Un noble appartement avec terrasse plongeante, à l'aménagement sommaire mais efficace. Tous les précédents explorateurs ont amené du matos pour rendre cela cosy.
Vincent, Elsa et Elia sont déjà installés dans le bivouac à notre arrivée.
Romain part installer les hamacs pour Marine et lui, pendant que je récupère les infos sur le fonctionnement de cette zone.
Repas chaud plus que bienvenu, séance de décrassage et prépa du bivouac (merci Ondine et Elsa). Le premier trio roupille (ou essaie) quand j'entre enfin au sanctuaire du repos. Dodo à 2 h du matin, je me dis que je vais partir direct… Mais non…
Courte nuit entrecoupée de ronflements et de la dame d'à côté, qui a eu la pire place du bivouac et dort encore moins que moi…
Le mouvement se met en marche vers 9 h. Tout le monde n'a pas eu un sommeil réparateur mais cela a tout de même fait du bien au corps et à l'esprit. Petit-déj, remballage et on rechausse les affaires.
Une partie ira chercher le spot de prélèvement manquant de la veille dans l'amont, tandis que le reste retourne à l'aval photographier le plan de faille. Résultat correct, même si je pourrais en tirer un meilleur rendu pour faire apparaître les strates. Mais le retour est dans un coin de la tête, avec le doux rêve de voir ma fille avant son coucher.
Nous entamons la première corde vers 11 h et des brouettes. Je suis avant-dernier (encore), mais c'est la capitaine Elsa qui ferme la marche cette fois.
Retour assez fluide. J'ai encore de l'appréhension dans ce grand puits, à espérer ne rien faire partir sur les copains en dessous…
Arrivés aux Funambules, où le trio de tête part en avance (Marine, Elia et Vincent). Nous irons plus tranquillement, toujours avec mon kit qui ne passe pas bien dans ce méandre malgré les conseils de Romain. Elsa se recoiffe et je la vois loucher en regardant son casque dans ses mains et là, ma déception est grande ! Elle louche tellement mieux que Marine !!! ????
À la Clue, miam miam et séance de lavage. Il est 14 h environ et le trio n'est pas là. Ils ont dû tracer pour un autre spot plus agréable pour stationner.
Nous les retrouverons à la fin d'Ali Baba, qui me paraît si terne en comparaison du réseau V…
Regroupement à la base des puits et on me laisse passer en primo pour pouvoir préparer le « studio photo » au parking (vers 16 h 15). Remontée fluide pour moi, mais des soucis de lampes dans les puits étroits, forcément…
Romain me demandait justement la veille si j'étais satisfait de cette lampe italienne de Sbrasa. Toujours fidèle et sans problème depuis 8–9 ans, là, elle s'éteint et s'allume toute seule, irrégulièrement, sous différentes puissances…
Enfin, à un palier, je peux retirer le casque et voir que c'est simplement le câble d'alimentation qui s'était légèrement décroché ! Il faudra quand même que je la teste pour être sûr que ce n'était que ça.
Sortie un peu avant 18 h, où je peux voir toutes les nuances de couleurs d'un soleil déjà parti (c'est beau !). Je me résigne au fait que je ne verrai pas ma fille en rentrant et file me réchauffer aux voitures, où Antoine guette et attend le retour de sa promise (bon, il n'était pas trop déçu d'un beau barbu quand même ????).
Changement en papotant, prépa de l'atelier où tout déconne (batteries nazes, un flash sur deux inutilisable, tant pis). S'ensuivent les arrivées régulières des membres de l'équipe qui viennent se faire tirer le portrait avant de se changer.
Débrief général, quelques gourmandises salées, sucrées et biérées, puis let's go back to home !!!
Encore un infini bravo au collectif Calernaüm pour cette découverte ! Un immense merci pour l'invitation, l'aide au portage et à la logistique !
Marine me tanne déjà pour savoir quand j'y retourne, et, deux jours après cette sortie, j'en ai déjà envie en effet…
11 / 12 janvier 2025
Mission scientifique n°2
Marine, Florian : équipe photographies dans la galerie Aval
Ondine, Elia, Vincent : équipe prélèvements dans la galerie des Aragonites
Romain et Elsa : équipe prélèvements dans la galerie Aval
Au parking, on croise l'équipe allant au réseau 1, ils rentreront avant nous sous terre.
Salvador, malade, déclare forfait, on réorganisera les équipes et le matériel.
2 bidons de 3 L pour les prélèvements
2 bidons de 6 L pour les flashs, et une pélicase pour le bébé de Flo
Il restera de la place pour Marine qui se chargera d'une truck de 45 m, et pour Romain d'une de 10 m, c'est toujours ça de gagner pour les explos.
La troupe se met en marche, avancée fluide, Flo et Ondine vont découvrir les Funambules et ce qui suit pour la première fois, que la force soit avec eux !
On arrive au Camp vers 13h puis dans les galeries du réseau V vers 17h. Un temps standard pour des spéléos autre que des avions.
Dans les derniers puits du Lapinus, pour la majorité d'entre nous, nous découvrirons le grand ossement qui est dans le passage pris dans la boue. L'expertise d'Ondine nous rassurera sur ce qu'il n'est pas, on le laisse en place et prise de photos détaillées avec échelle pour montrer au paléontologue du Lazaret en espérant qu'il puisse nous en dire plus.
Une fois la lucarne atteinte, nos 2 guests du jour découvrent les dimensions du Réseau V, et ils ne seront pas au bout de leur surprise, c'est vrai que c'est exceptionnel pour la région, il faut y mettre les pieds pour en prendre la mesure !
Passage éclair au bivouac puis les groupes se forment pour débuter les missions du jour.
Avec Romain on file au fond de l'aval et rattrape Marine et Flo qui vont dans la même direction. Sur le chemin Flo n'en revient pas, concrétions, gours, couleurs, structures des galeries, l'énergie dépensée pour atteindre ce merveilleux endroit en valait largement la peine. Tous ses spots photos qu'il ne pourra honorer en 7h de temps imparti, argh, il faudra nécessairement y revenir ! Sans parler de l'amont qui ne pourra être parcouru cette fois-ci.
Dans tous les cas, nous avons hâte de découvrir les clichés pris sous son œil de pro, ça promet !
On attaque le premier point de prélèvement d'ossements de CS, avec en support la topographie avec repères établis par Elia suite à notre première mission scientifique de novembre.
On à l'impression de jouer à Docteur Maboul en faisant de la chirurgie, on enfile des gants vinyle, ne pas se laisser gagner par la boue, comme pour la topo.
Nous devons être hyper méticuleux, choisir les contenants les plus adaptés (merci Cathy Baby pour le florilège), trouver la meilleure technique pour protéger les précieux sésames des prochaines 7h de transit vers la sortie. L'argile rouge collante est à la fois pénible pour l'extraction mais également un précieux allié pour que rien n'échappe des pinces en plastique, il va falloir l'apprivoiser et composer avec.
Os long, crânes, mâchoires avec dents, on suit le protocole indiqué par Cathy et identifions les contenants avec méthode.
On enchaîne un deuxième spot CS, puis nous dirigeons vers la zone du splash (tri de graviers des argiles par l'action éclaboussures d'une cascatelle), contenant les ossements et dents de rongeurs.
On va s'exploser les yeux pour les repérer à travers les graviers mais la pêche sera très bonne.
Vers 20h nous avons fini notre mission, avec pas moins de 20 prélèvements.
A ce moment, Ondine, Elia et Vincent sont de retour de la galerie des aragonites, leur mission s'est bien passée aussi, la boue a été coopérative. Ils en ont profité pour annoter également la topo de ce tronçon, maintenant existante et ainsi compléter proprement les deux dernières missions scientifiques. Seules les griffures de rongeurs et les crottes n'ont pas été retrouvées, malgré la visite attentive du boyau menant au puits des crottes. Pas grave, Romain y reconduira Vincent demain matin pour finaliser et permettre les derniers prélèvements.
On entend Flo et Marine non loin, en pleine prise de photo des aragonites rares de type "brosses à dents". On se regroupe tous pour observer le photographe en action, puis Ondine et Romain iront visiter la galerie des Fistuleuses, tandis que Vincent et Elia iront visiter l'amont. Je reste avec Flo et Marine pour les prochains spots, puis quand Ondine reviendra je filerai avec elle vers le bivouac vers 23h, en laissant Romain en valeureux 3ème équipier photo.
On s'affaire au bivouac, Elia et Vincent sont déjà là, on ne trainera pas trop, nous serons déjà bien au chaud dans nos duvets quand l'équipe photo sera de retour vers minuit passé. Pour nous endormir, Romain nous fera un spectacle d'ombres chinoises sur les bâches du bivouac.
Nous serons 5 à dormir au sol dans le bivouac, tandis que Marine et Romain choisiront le mode hamac.
Après une nuit plus ou moins réparatrice, on se lèvera vers 9h.
C'est toujours long de gérer le moment bivouac avec cette boue, mais à chaque sortie on prend de plus en plus nos marques, on se sentira bientôt comme à la maison.
Les premiers reprendront le chemin inverse vers 10h tandis qu'avec Flo et Ondine on s'activera pour un dernier spot photo, celui du plan de faille, pour essayer de faire ressortir sa démesure. Je serai la dernière à quitter le réseau V vers 11h30.
A 14h30 nous sommes à la Clue avec Ondine Flo et Romain, on a divisé le groupe en 2, nos acolytes sont devant.
Nous les rejoindrons à la fin d'Alibaba, puis sortie à la surface vers 19h pour Marine en serre file
ça caille sévère dehors, il fait -3°C, mais ça ne nous empêchera pas de partager un petit moment de convivialité.
Une belle équipe qui a conduit au succès de cette seconde mission scientifique, on espère maintenant que nos experts paléontologues feront parler les ossements...
25 / 26 janvier 2025
Mission : surface !
Benoît, Salvador, Antoine
TPST : 29 h 00
Parcours humide suite aux cumuls de précipitations, mais pas gênant.
Mission du week-end : escalade artif d'un puits remontant parmi tant d'autres. C'est le premier depuis la découverte du réseau.
Le choix s'est porté sur celui qui se situe vers l'aval, au carrefour avec la galerie « Jumbo ». Il y en a deux dans cette zone, c'est celui le plus au sud.
Il me semblait majeur, mais Salvador, avec sa lampe de professionnel, me calme tout de suite… le plafond est visible à 30 m !
Peu importe, il faut supprimer les points d'interrogation les uns après les autres. Et surtout, les suites ne sont très souvent visibles qu'une fois qu'on a le nez devant. C'était le cas pour le dernier puits avant la découverte des grosses galeries… Avec Romain, on était très sceptiques, limite dégoûtés de ce qu'on voyait d'en bas ! Imaginez qu'on ait abandonné à ce moment-là !
L'escalade ne fut pas simple : il a fallu partir de loin en vire, car le puits tombe au plafond d'une large galerie, et sans cesse modifier la trajectoire pour trouver de la roche convenable.
Résultat : après une trentaine de mètres, la sortie de puits est vers le nord et donne sur une petite salle calcifiée de 3 m sur 8 m, occupée par un gour. Ça queute complètement !
Le puits fait 8 m de large.
Il est décidé de déséquiper dans la foulée : on abandonne deux plaquettes et rappelons la corde.
Pour la topo, une visée du bas suffira, je pourrai dessiner le reste.
Je suis personnellement très satisfait de l'efficacité de notre équipe et d'avoir pu, sans le moindre doute, supprimer définitivement un point d'interrogation.
Aussi, c'est toujours très intéressant d'observer les changements suite aux précipitations. Nous avons pu remarquer qu'un bel actif se jette dans le puits du « petit spéléo ». Cette escalade semble alors prometteuse… mais il y en a bien d'autres.
Retour en améliorant légèrement l'équipement dans les remontées du Lapinus.
08 / 09 février 2025
La salle "c'est trop classe"
Arya, Marine, Camille, Benoît, Maxime (Escandaou), Romain, Nicolas, Antoine.
Les prévisions météo incertaines ont donné lieu à beaucoup de discussions à propos de ce week-end. En effet, à l'instar des trois Niçois, les cinq Escandaou viennent tous de contrées lointaines : nous avons tous, en moyenne, deux heures de route pour nous rendre sur le plateau de Calern ! Alors quand la météo annonce de la neige dès le vendredi soir, nous sommes un peu réticents. La semaine est ponctuée de points météo qui s'accordent ou se contredisent : ça sera bien de la neige, mais seulement le samedi. Moi, j'ai vu de la neige dès le vendredi sur Météoblue ! Oui, mais Météociel annonce qu'il n'y aura qu'un peu de pluie le samedi…
Bref, à moins de 12 h du top départ, on ne sait toujours pas si la sortie va être maintenue, mais on décide de tenter le coup. Certains arriveront à 9 h et préviendront si la route est impraticable. Finalement, rien : la voie est libre, à nous le Calernaüm !
Nous sommes déjà quatre à nous changer sur le parking. Ça papote tout en se préparant comme à l'accoutumée. Je suis ravie de découvrir enfin Arya, elle qui m'avait contactée suite à une fake news dispensée par notre sénile local (la bise PapIsnard, je vis proche de Pertuis et non pas de Peyruis !). Malgré tout, nous avions essayé de planifier une sortie ensemble malgré nos emplois du temps respectifs de ministres, qui avaient complexifié la tâche. Mais nous y sommes enfin : ce sera pour de l'exploration, et ça c'est « trop classe », comme elle dirait !
Lorsque nous quittons le parking, nous apercevons la voiture contenant les trois petits sudistes. Arrêt obligatoire pour dire bonjour ! Globalement, ça se saute dans les bras, c'est content de se retrouver, ça se claque le cul, ça donne le ton de la journée, et je sens que ça va être sympa ! Pour une fois, j'essaie de filmer et non pas que le réseau V, mais la vie autour. Je deviens un peu cette personne impudique qui vous met une caméra à moins de 10 centimètres du visage et vous pose une question existentielle, dans l'espoir d'avoir soit un résultat catastrophiquement drôle, soit profond et spontané. Dans les deux cas, ça crée et grave des moments de vie que j'aurai plaisir à visionner dans le futur.
Nous rentrons dans le trou à 10 h 30, et dans le sens de la descente, c'est que du bonheur : à 12 h, nous sortons des funambules, et à 14 h nous passons la tête dans le réseau V. Les Marseillais, qui ont dû partir 30 minutes après nous, nous rattrapent sur le palier de la zone d'exploration. On mange tous ensemble et les rôles se répartissent, mais on ne traîne pas.
Arya, Romain et moi avons comme mission l'escalade dans un puits prometteur, dans la galerie des aragonites, dans le fameux « boyau des crottes ». Mais être trois pour une escalade n'est pas très optimisé : déjà à deux, celui qui assure se pèle le jonc tandis que celui qui grimpe pète de chaud. Nous proposons donc à notre trinôme une tâche transverse le temps de se mettre en place et de pouvoir tourner sur les différents rôles.
Elle se voit proposer une mission visite et balisage ! Certes, il a été fait à beaucoup d'endroits, autour de points d'intérêt notables, mais il reste des zones qui mériteraient un petit coup, toujours dans un but de préservation à long terme. Elle accepte la mission et va donc visiter la galerie tout en balisant ce qui doit l'être.
L'accès au boyau des crottes est une pente de boue, sans prise, avec une corde à nœuds. Autant dire que déjà les premiers passages avaient l'air compliqués, mais maintenant que du monde est passé dessus, c'est encore pire ! Les rares aspérités se sont arrachées, la boue a été remuée, elle est devenue ultra-humide et glissante. Pour pallier cela, nous rajoutons des nœuds, mais ce ne sera pas suffisant, et il faudrait revoir l'équipement de cette partie.
Ensuite, il faut se glisser dans une étroiture de boue et de cailloux pour en sortir sur une zone plus large, à 3–4 m de la lèvre du puits. Une fois sur la lèvre du puits, trois points d'interrogation s'offrent à nous : les bombés situés en hauteur qui pourraient cacher une suite, le boyau pile en face de nous de l'autre côté du puits, et évidemment la base du puits.
Romain et moi nous mettons en place pour l'escalade : pulses ? OK. Dyneema ? OK. Corde ? OK. Vient alors le moment de couper un premier bout de dyneema. J'essaie de brûler l'extrémité avec le briquet tempête… il s'arrête. Je le rallume, il se réarrête. Visiblement, il n'a plus de gaz. Je demande donc à mon compère s'il possède du scotch. Il n'en a pas, mais je sais où en trouver : le bivouac. C'est vraiment notre zone de ralliement, notre camp de bordel où nous avons entassé depuis maintenant cinq mois tout un tas de bric-à-brac bien utile !
Je fais donc un premier aller-retour en essayant de garder un rythme soutenu, je n'ai pas envie de perdre trop de temps sur ce genre d'erreur. À ce moment-là, j'avais déjà fait la route deux fois en moins de 15 minutes : dédale de blocs, se faufiler entre la paroi et le remplissage, courir sur les quelques mètres possibles, galoper à quatre pattes, ramper en commando dans la boue, pente de boue instable, puis ramper encore dans le boyau final.
À mon retour, tout est prêt pour accueillir la sacro-sainte dyneema. Avec du scotch, ça marche vachement mieux ! Romain commence donc par descendre le puits. Grimper depuis notre corniche semble compliqué tant la roche est fragile. Il repère une sorte de vire à mi-puits, sur laquelle nous pourrions avoir les deux pieds au sol pour faciliter l'escalade. D'ici, il ne nous manque plus que 4 m pour atteindre le boyau que nous voyions en face, et deux pulses pour descendre le puits.
Il grimpe, passe la tête dans le boyau et finalement s'exclame :
« C'EST GRAND ! T'ENTENDS COMME ÇA RÉSONNE ?! »
En effet, ça résonne bien ! Mais il aperçoit un puits et nous voulons vérifier s'il s'agit juste d'un puits parallèle à celui que nous avons sous les pieds. Il revient pour équiper la descente, et nous nous apercevons qu'il nous manque encore quelque chose… Il nous faut plus de cordes !
La douce voix d'Arya retentit dans le boyau des crottes, au même moment où je rebrousse chemin pour un énième aller-retour. Elle tombe à point pour équiper ! Je reviens quelques minutes plus tard et je réalise que ma combi, sur laquelle on pouvait encore distinguer quelques vagues coloris, n'est désormais qu'un haillon marronâtre.
Je m'empresse d'envoyer la corde à mes camarades, les pulses sont déjà installés, bon timing. Arya se charge de descendre le puits. Après l'avoir rejointe et avoir passé une étroiture ensemble, nous sommes toutes les deux dans une petite salle où l'on se tient péniblement debout. Nous sommes au-dessus d'un méandre ventilé mais qui semble impénétrable. Par acquit de conscience, nous déblayons tout de même les roches instables qui bloquent l'accès du méandre, on les fait passer à Romain de l'autre côté de l'étroiture, et Arya se glisse finalement dans le méandre… mais s'arrête très rapidement : le courant d'air est bien là, mais c'est clairement impénétrable. Demi-tour ; la suite ne sera pas là.
Je suis désignée pour aller équiper en fixe afin de récupérer les pulses et aller voir ce qui se cache derrière le boyau qui semble abriter un beau volume. Pendant ce temps, mes compagnons réalisent la topo. Mais je me confronte rapidement à un problème technique : les dyneemas ne sont pas coupées, j'ai les mains et les gants hyper boueux et je suis seule. Je me retrouve donc devant mon frac temporaire, mal installé, face à une roche qui semble tantôt sableuse, tantôt boueuse, en train d'essayer d'essuyer mes mains sur un pauvre centimètre carré propre entre les jambes de ma combinaison pour scotcher la cordelette. C'est la galère, et je fais bien attendre les pauvres topoteurs qui sont juste en dessous de moi… Finalement, j'arrive à me débrouiller, j'équipe et ils peuvent me rejoindre.
Je continue à avancer et me trouve dans le fameux boyau étroit en face de celui des crottes. Il est plutôt large — on peut s'y tenir à moitié debout — sur un mètre, puis enchaîne sur une partie ramping sur 2 m. Le courant d'air est fort. À la sortie, je retrouve les dimensions de la première partie : deux choix s'offrent à moi. Si je longe à droite, je m'enfonce dans un petit boyau ; si je vais tout droit, je devine un puits de beau volume, un peu arrosé vu le bruit qu'il émet. J'ai récupéré des pulses, mais les calculs n'étaient pas bons : avec l'équipement, nous n'avons plus que deux bouts de dyneema, ce qui ne sert à rien pour avancer davantage cette fois. Je pose juste deux points afin de passer une tête dans le puits. Et c'est grand ! Il est peu profond, environ 20 m, mais il a l'air de monter assez haut et, au loin, semble recouper une faille… Juste au-dessus de moi, des bombés et des renfoncements dans la cheminée pourraient mener à des suites. Si je me penche et observe au loin, je vois une paroi lisse, haute, et devine à minima un grand palier. Il y a même un petit filet d'eau qui vient de ce « palier » et s'écoule dans le puits. J'ai espoir en cet endroit, et je suis super motivée pour revenir ici et grimper !
Dans ce réseau, chacun a sa stratégie et ses envies d'exploration. Certains viennent éliminer les points d'interrogation, d'autres veulent jonctionner avec le réseau IV, et pour ma part, depuis deux sorties, je ne souhaite que grimper. Mon esprit logique me pousse à croire qu'on pourrait explorer cette zone pendant dix ans et que nous découvririons toujours des diverticules et des suites. Mais si nous trouvons une entrée plus « directe », ce sera une simplification telle pour la suite des explorations que je ne peux me résoudre à laisser tomber. Nous ne sommes « plus qu'à » 150 m d'un potentiel raccourci… mais encore faut-il sélectionner la bonne cheminée. Celle-ci a peut-être fait partie de l'actif qui a rempli, à une époque, toute la galerie des aragonites, avec tout ce qu'on y trouve dedans ! Je me trompe certainement, mais elle m'inspire.
Néanmoins, pour le moment, nous n'en sommes pas là. Sans matos, je laisse la troupe jeter un coup d'œil dans le puits, pendant que je m'engage dans le boyau de droite. Je ne m'étais pas rendu compte du courant d'air avant de m'y engager, mais il est bien présent ! Un gros volume derrière ? J'atteins la fin du boyau et me retrouve dans une première petite bulle, qui donne sur une salle. Je repense à l'histoire du « puits de la première première » et veux rester dans cet esprit inspirant : j'aimerais qu'Arya passe devant. Je fais exactement ce que l'on a fait avec moi : j'ai participé, aidé, et finalement on m'a transmis, et on m'a laissé passer devant.
S'ensuivent 15 bonnes minutes d'attente, dans le noir, la boue et le courant d'air, le temps que Romain m'apporte mon minikit. Je lui fais part de mon idée et il acquiesce.
Une fois tous dans la bulle, nous décidons de ne pas continuer la topo maintenant : il est tard et cela semble plus cohérent de profiter du moment, faire une jolie station que des topoteurs viendront rejoindre lors d'une prochaine séance. Arya ouvre donc la marche, je suis ravie de pouvoir lui offrir cette opportunité et j'espère ne pas me tromper en disant que ça continue… À peine debout derrière le passage bas, elle s'exclame :
« C'est beau, c'est grand, c'est trop classe !! »
La salle semble être un grand ovale, et les montées et descentes que je vais décrire ne sont que des comblements d'argile, comme dans la galerie des aragonites ! Devant nous, une première partie de la salle nous mène droit devant une coulée de calcite, petite sœur officielle de la « voie choco-lactée », par son aspect blanc, pur, sur cette boue durcie et rougeâtre. Puis nous nous dirigeons vers une intersection :
-
Droite : une galerie qui ressemble à Ali Baba — tons noirs, concrétions blanches, petits drapés sur fond boueux, juste la dimension du tunnel diffère : il est plus petit. À cela, nous devrons baliser efficacement pour préserver cette beauté !
-
Gauche : apparemment la « grande salle » de ce nouveau développement horizontal, avec un puits en son centre, une jolie cheminée juste au-dessus, des concrétions le long des parois et tout le pourtour du puits est un dédale de gros blocs.
Nous choisissons cette direction et prenons une pause en hauteur pour contempler toute la salle. Arya parvient à se frayer un chemin pour contourner le puits et longe les parois. Le sol calcifié « croustille » sous nos pieds, tout est immaculé et nous essayons de passer chacun dans les pas des autres. De l'autre côté de la salle, le remplissage bloque complètement le tunnel qui semblait mener à la suite. On retourne donc vers la première intersection et explorons les diverticules.
Nous répétons en boucle le même type de cheminement : tunnel qui se scinde en deux directions, parfois plusieurs fois, puis queut sur remplissage, avec son lot de cheminées, gours, fentes de dessiccation, diverses méduses et rivière calcifiée… Au bout de trois « branches » complètes, nous peinons à retenir tout ce que nous voyons et où nous sommes exactement. Le dernier diverticule nécessite de dégager un peu la boue pour se glisser dans cette confortable étroiture, et nous arrivons dans une salle avec un puits qui s'ouvre vers le bas, une cheminée, mais nous nous trouvons sur le remplissage, plusieurs mètres au-dessus.
Nous contournons l'obstacle, et de petite salle en petite salle, s'ajoutent autant de spécificités à observer. À la louche, nous pensons avoir rajouté 150–200 m de première (certains disent plus, mais je préfère juger à la baisse). La prochaine séance de topo éclairera nos doutes !
Arrivé à un énième stop dans le cheminement, nous décidons de rebrousser chemin : nous n'avons plus d'eau depuis un moment, il est 23 h, les autres sont déjà au bivouac ou ne vont pas tarder, et nous savons comment ça se passe : nous ne serons pas couchés avant deux heures du matin.
Le camp se réveille à mesure que les spéléos s'en rapprochent, bâille et émerge de son profond sommeil. Livré à lui-même pendant de longues journées solitaires, et de longues nuits calmes, jusqu'à être éveillé par les cris, les discussions et les rires de ces squatteurs intermittents. Tous les groupes arrivent en même temps, et la popote enchaîne les ravitaillements d'eau chaude. De lyophi en lyophi, de purée en purée et de soupe en soupe, chacun finit par se restaurer.
Nous sommes les seuls à avoir été aussi chanceux ce jour-là. Ça tombe bien, nous allons pouvoir trinquer ! J'avais caché dans mon kit un litre de vin chaud que nous faisons réchauffer pour le « dessert ». C'était une bonne idée : réconfortant et après une longue journée d'explo, tout le monde apprécie la chaleur apportée par ce breuvage.
Je suis la dernière à rejoindre mon couchage, comme souvent. Je finis de ranger les dernières affaires extraites d'un bidon étanche et me dirige vers mon hamac. À l'instant précis où je commence à longer le bivouac, un énorme bruit retentit et me fait sursauter… Il dure et se précise en ronflement ! Benoît a vraiment du coffre : ce garçon est un mystère. Il conjugue le pouvoir de s'endormir en moins de 10 secondes avec celui de dépasser les 70 décibels lorsqu'il est assoupi. Une aubaine pour nous.
Le lendemain, le réveil sonne et les premières voix commencent à se faire entendre. J'ai du mal à me réveiller. Je songe à la route à parcourir pour regagner la surface : le froid, la boue, l'extrême chaleur dans les galeries, enfiler le tas de boue qui me sert de combi, les chaussons néoprène mouillés, tout en fixant le plafond de la galerie et en m'enfonçant de plus en plus profondément dans mon confortable duvet.
J'ai la flemme, je n'ai pas envie, mais je sais comment je fonctionne : là, c'est le moment de se bouger le cul et d'affronter la
Je songe à la route à parcourir pour regagner la surface : le froid, la boue, l'extrême chaleur dans les galeries, enfiler le tas de boue qui me sert de combi, les chaussons néoprène mouillés, tout en fixant le plafond de la galerie et en m'enfonçant de plus en plus profondément dans mon confortable duvet. J'ai la flemme, je n'ai pas envie, mais je sais comment je fonctionne : là, c'est le moment de se bouger le cul et d'affronter la journée.
Je jette un regard sur le côté, et une tête dépasse du deuxième hamac. Romain est réveillé, je lui propose donc une motivation rapide afin d'effectuer une tâche annexe : poser un échelon dans une sortie de puits dans les grandes verticales menant au réseau V. Avoir un but me donne plus facilement envie de sortir de là, même s'il peut paraître dérisoire !
On se met donc "rapidement" en route après un café et une barre de céréales. "Rapidement" parce qu'évidemment, je mets deux fois plus de temps à me préparer, je me perds, j'oublie des choses, je me bats avec la boue… et il attend. Mais globalement, nous avons quand même pas mal d'avance sur le reste de l'équipe lorsque nous engageons la descente. Il est 11 h 53 quand nous arrivons à la fameuse tête de puits et que je m'assois sur le palier au-dessus de mon camarade. En moins de 15 minutes, l'échelon est posé et fonctionnel. De petites améliorations en petites améliorations, un jour, le trajet deviendra presque agréable.
Je ne suis pas malade, je n'ai pas mes règles, je n'ai pas bu l'eau d'une flaque à m'en faire vomir, j'ai réussi à dormir, et pour l'instant, nous ne sommes que deux à faire la route ; les autres ne nous ont pas rejoints. Toutes les conditions sont réunies pour essayer de tracer ! J'ai envie de voir ce que ça peut donner si je me force à marcher rapidement, et que nous ne faisons pas de pause (excepté le petit nettoyage dans la Clue). C'est la première fois que j'ai la caisse d'avancer aussi vite : Romain ouvre la voie et montre les passages, et je fixe toute ma concentration pour avancer efficacement : analyser l'obstacle avant d'y être, se souvenir de sa façon optimale d'être passé, et finalement coordonner tout ça pour ne pas perdre de temps.
Les petites escalades, les étroitures, les passages aériens : tout le chemin défile sous nos pieds, et en moins de trois heures, nous sommes à la base des puits d'entrée. C'est pour l'instant un record personnel, mais ce n'est pas fini : il y a encore 200 m à remonter. Nous enfilons tout notre matos de progression, ce qui me laisse le temps de constater mon état, qui est pour une fois très bon. Je ne peux m'empêcher de penser avec une pointe de nostalgie à toutes les fois où je suis arrivée dans cette même salle, dans des états désastreux de fatigue et de nerfs.
Nous remonterons les puits en 45 minutes, ce qui signe encore un record de mon côté. Bilan : de la zone d'explo à la première bouffée d'air pur, 3 h 45, et avec le sourire. Il y a encore quelques mois, ce trajet me prenait 7 h, je sortais en pleurant et en me jurant que c'était la dernière fois.
Je sors la tête du trou, heureuse, apaisée, et je contemple avec plaisir le fin manteau neigeux qui a parsemé le plateau durant la nuit. C'est calme, propre, blanc, l'air est frais, et un timide rayon de soleil vient réchauffer mes joues boueuses : j'en ai presque les larmes aux yeux. Cette émotion de revoir la surface après avoir vécu des aventures irréelles reste un de mes moments préférés d'exploration. Nous aurons même le temps d'aller ôter nos haillons et d'attendre les copains à la sortie du trou avec du ravitaillement !
Je lance un timelapse et j'observe patiemment : les uns après les autres, nos lombrics en combis colorés s'extraient de cette cheminée qui leur souffle dans les pieds un air chaud, qui donnerait presque envie d'en profiter avant d'aller se jeter dans l'atmosphère froide de ce mois de février.
Ce week-end, le visconte nous a encore récompensés. Il nous a montré une fois de plus que les explorations étaient loin d'être terminées et que le réseau V avait encore beaucoup de secrets à nous révéler, et que nous semblons dignes de les découvrir, petit à petit.
Merci à tous les participants pour ce chouette week-end, le partage, l'amitié, et vive l'explo !
22 / 23 février 2025
Mission : Paparazzi v2
Théo, Ondine, Romain (CAF Martel-06), Sylvain (Li Darboun-04), Benoît (Escandaou-13), Florian (Sophitaupes-06)
TPST : 30h00
Deuxième venue au réseau V pour poursuivre le travail photographique de cette découverte exceptionnelle !
Romain et Benoît sont entrés la veille sous terre, en fin de journée, pour faire une grosse séance de topo des découvertes de la précédente sortie (après la galerie des crottes).
Pour notre part, un rendez-vous à 8 h 30 avec Théo et Sylvain est prévu. Nous serons en retard à cause des camions de logistique de la course cycliste des Alpes-Maritimes (quelle organisation…). Pluie continue et intense par moments, ce qui nous fait procrastiner dans la voiture. L'accalmie arrivant, on se change enfin et répartissons les affaires. On est tellement chargés de matos perso que l'on ne prendra qu'une bouteille de gaz pour le collectif. Désolé !
Marche d'approche dans le brouillard pour une entrée sous terre à 10 h. Tout le monde connaît le parcours jusqu'à la Clue, ce qui permet une progression fluide. Vu trois petits rhinolophes en chemin (tête du puits des Météores, galerie de l'Odyssée, galerie Ali Baba).
À la Clue, on recharge l'eau, on grignote un peu, puis attaquons les Funambules que l'on traverse en environ 3/4 d'heure. Toujours aussi pénible avec un kit imposant et rigide ! Puis on attaque la remontée vers le R5. Cela reste fluide, même si je peste contre mon kit et me demande pourquoi j'ai autant de matos photo parfois...
Le long du parcours permet de papoter et de faire plus ample connaissance. On fera aussi siffler les oreilles de quelques spéléos. On mettra environ 4 h 45 pour prendre pied dans le réseau V. On laisse à Théo et Sylvain le soin de monter en premier le dernier puits afin qu'ils aient la découverte du volume !
On va directement au bivouac pour déposer ce dont on n'aura pas besoin pour la journée et faire un vrai repas.
Sur les indications de Romain, on part en direction de l'amont, que ni Ondine ni moi n'avions vu en janvier, lors de notre première visite.
On passe la vire et découvrons cet énorme volume et éboulis à monter. Ça en fait du caillou !
On tâtonne un peu et avançons doucement. Peu de passages ont eu lieu, tout n'est pas stabilisé. Décrocher un bloc du haut de l'éboulis provoquerait une sacrée cavalcade et surtout un gros danger pour les compagnons. Mais fort de notre habileté, rien ne bougera.
Arrivés en haut de l'éboulis, nous sommes accueillis par un fossile (bélemnite). Énorme volume, strates clairement dessinées et apparentes, quelques escalades envisagées… On redescend de l'autre côté en cherchant notre chemin. Les traces des découvreurs et topographes ne sont pas forcément visibles. Cela nous met le doute, mais nous finirons par prendre pied dans la salle des strates sans encombres.
Ici, un phénomène plutôt rare attire l'œil mais ne sera pas photographié : une grosse coulée a basculé et le dôme en résultant est à l'envers. Cela me fait penser à un nid d'oiseau, Sylvain opte plutôt à un bénitier, ce qui sert à baptiser les bébés dans la religion catholique !
La salle suivante, la salle des gours, est très jolie, notamment le plafond. Idem : une photo à l'ultra grand angle avec légère déformation aux extrémités donnerait une image assez chouette. Mais on fera tout de même un shoot avec le matos du jour, sur le retour.
On chemine en cherchant les traces de pas pour ne pas détériorer le site, afin d'aller voir les carreaux de dessiccation que Romain m'a indiqués comme spots photo intéressants. Mais… personne ne m'avait dit qu'il y avait aussi des massues ! Des massues ! Nan mais j'étais fou ! Par contre, elles sont vieilles, très vieilles ! Certaines se sont délitées. Je ne pense pas que ce soit un spéléo qui se soit amusé à taper dedans.
Bref… Massues, aragonites en pagaille, carreaux de dessiccation… je pourrais passer la journée sur ce spot ! Je sors et prépare le matos pendant que mes compagnons vont voir le terminus de l'amont.
Théo, le plus jeune du quatuor, mitraille de photos avec son téléphone. C'est tellement beau qu'il a dû faire 100 photos rien qu'ici. À se demander qui est le photographe aujourd'hui !?
On débute donc les photos après avoir encore galéré 10 minutes avec mes flashs (ils vieillissent… comme moi !). Shoot de la galerie, simplement. Puis on se dirige vers les carreaux et les aragonites. Il y aurait tellement à faire… mais surtout le balisage ! On n'avait rien pour le faire, mais il faudra vraiment le mettre en place prochainement.
Les rôles tournent entre mes acolytes et tout le monde passe se faire aveugler avec plaisir (enfin, moi je prends plaisir à leur faire perdre leurs rétines !). Plusieurs spots sont immortalisés puis nous repartons, pause à la salle des gours pour la photo précédemment mentionnée et on remballe tout.
Théo et Sylvain demandent si on ne fait pas plus ici, mais vu l'heure et connaissant l'aval, je les invite plutôt à aller s'émerveiller de l'autre côté. D'autres trésors y sont parsemés ...
Demi-tour, progression attentive dans le grand éboulis, puis retour à la jonction. De là, s'ensuit un cheminement plus marqué et un nombre illimité de « waouw ! C'est beau ! » – photo, photo, photo par Théo au smartphone !
Je pense que Marine a dû entendre cent fois la même chose en janvier quand elle m'accompagnait. Je m'en rends compte maintenant, mais c'est tellement un plaisir de partager ça ! C'est rare !
Je profite pour revoir des spots durant la progression et voir si ce que j'avais en tête est réalisable.
On laisse les affaires au niveau des brosses pour aller dans un premier temps aux fistuleuses puis jusqu'au fond actuel de l'aval (fond ne nécessitant pas de matériel de progression, jusqu'au puits calcifié, qui est magnifique et que je n'avais pas vu la dernière fois). On observe en se disant que les explorations sont loin d'être finies ! Ce qui est bon signe.
Demi-tour et on ressort les affaires pour la photo au niveau des brosses. Je veux tenter quelque chose mais le résultat n'est pas du tout ce que j'avais en tête, l'épaisseur de calcite étant trop importante sur ces concrétions. Puis la mise en scène que j'imaginais au puits terreux n'est pas réalisable à cause de la disposition du remplissage. Ou alors il faudrait beaucoup de temps et certainement du matos pour le faire en sécurité. J'abandonne mon idée pour ce spot. Trop d'inconnus !
On dépasse le plafond d'aragonites et la corde du ressaut pour faire le spot avec les bouquets sur les stalagmites. Je repère un angle pas trop mal où l'on ne dégrade pas tout. Théo fera le perche-man pendant que Sylvain prend la pose du « mec au bar » ! Ondine m'aide au dernier flash et le résultat est très sympa. Encore deux photos dans cette salle (la coulée + le passage d'arrivée formant une arche naturelle). Il faut être raisonnable : l'heure de rendez-vous avec Romain et Benoît approche à grands pas (22 h).
Une fois tout rangé et remballé, on repart au point de jonction et, à une minute près, on est tous synchro ! On se raconte chacun nos journées et il semble que les topoteurs en aient ras la casquette de la boue !
Dépôt de matos et retour au bivouac pour préparer le dodo et le repas du soir. À tour de rôle, les plats lyophilisés, les nouilles instantanées ou la graine de semoule font saliver les papilles de ces nobles gourmets explorateurs !
Sylvain et Romain dormiront en hamac tandis que les quatre restants prendront le gîte bâché. Benoît fournit généreusement les boules Quies et nous souhaite bonne nuit, à minuit environ. 30 secondes après, il ronfle déjà comme un tracteur ! Il s'endort comme un éclair (à notre plus grand désarroi ...)
Nuit mitigée selon les personnes. Réveillé vers 5 h 30 pour ma part, je ne me rendrai pas. Je croyais que le réveil était fixé à 7 h, alors j'ai tourné et patienté jusqu'à 8 h, heure du trombone tsoin tsoin ! J'avais pas entendu le changement d'horaire !
Rangements et miam-miam avant la séparation. Le binôme de vendredi veut revoir sa Normandie ! (enfin, le soleil surtout !). Ils partiront vers 9 h, abandonnant quatre des plus beaux spécimens à leur sort…
Théo et Sylvain iront voir la galerie des aragonites et la voie choco-lactée pendant que je finis de ranger mes affaires éparpillées et que je me rends compte que j'ai définitivement oublié ma seconde batterie de frontale (qui était passée en mode « économie » la veille). Bon, on verra jusqu'où ça tire…
Je suis tellement lent qu'ils auront fini leur balade avant que nous commencions à remonter le puits du retour !
Il est environ 10 h 15 quand nous quittons le réseau 5. Pas motivé à ressortir tout le matos pour d'autres photos et j'ai envie de voir ma femme et ma fille avant la nuit. Et si on sortait de jour ? Pour une fois ?
Retour fluide, comme à l'aller. On sent bien que Sylvain est du gabarit et de l'endurance des « fusées » du collectif plutôt que des « tortues » (« Chi va piano, va sano »). Pause nettoyage et grignotage à la Clue. Ma lampe se coupe nette. Elle aura bien tenu. On est en territoire connu, la frontale de secours suffira malgré sa faible puissance. On échange sur la nécessité d'avoir une frontale de secours qui « crache » un peu quand même, tout en se remémorant nos débuts avec de vieux casques à ampoules… On y voyait vraiment rien et on s'en plaignait pas tant !
De bonnes suées pour revenir à la base des puits mais aucune erreur de parcours. Sylvain a très bien mémorisé le cheminement.
Théo ouvre la voie, suivi d'Ondine, moi, et Sylvain ferme la marche. Au puits Pi, Ondine annonce avoir pété la sangle de son pantin. Heureusement que ce n'est pas arrivé plus tôt ! Mais avec ses jambes bioniques, on ne voit pas la différence sur la rapidité ! Au frac de ce même puits, j'aperçois un gros insecte, plutôt du gabarit de l'extérieur. Certainement piégé ici…
Nous sortons avec les éclaircies. Il semble avoir plu (Mathieu me le confirmera plus tard). Retour tranquille, on croise des randonneurs dont le monsieur s'étonne et s'adresse à Ondine : « Eh bien, on était fait pour se revoir ! »
Ondine semble perplexe, ne comprend pas… Le monsieur explique avoir croisé des spéléos le week-end précédent au même endroit et quasi même heure, dont une fille qu'il pensait être Ondine. En 60 ans, il n'avait jamais croisé de spéléos sur ce plateau et d'un coup, deux fois en deux week-ends ! On lui dit surtout qu'en général, on n'est pas dehors à cette heure-ci ????.
Bref, retour aux voitures, on se change, trinquons et prenons une collation légère et équilibrée (chips, bières, viennoiseries). Mon épouse me dit que notre petite est malade, j'essaie de ne pas m'éterniser malgré les très belles lumières de cette fin de journée ❤️
01 / 02 mars 2025
Mission : réseau 4 !
Camille, Maxime, Emeric (Escandaou), Nicolas, Antoine
TPST : 32 h 00
Avec Nico, nous reprenons notre grand puits là où nous l'avions laissé la dernière fois et poursuivons en supposant qu'un niveau de galerie pourrait exister entre le réseau 5 et le réseau 4.
À la base du puits, nos relevés indiquent P100 ! Nous évoluons maintenant sur un chaos de blocs, où l'on peut descendre sur une dizaine de mètres sans problème. Le puits « Abel » mérite bien son nom, bel hommage !
On entend déjà la rivière…
La rivière de la Clé, du réseau 4 ! Arpentée deux fois en 1992, post-siphon par Didier Sessegolo, dit « Tchétché ». La topo est parlante : c'est exactement ce que nous visions. Nous reconnaissons un peu l'aval et l'amont de la rivière grâce à nos visées, ce qui pourra aider les topographes.
Nous cherchons tout de même une trace de passage, mais dans cette configuration, il est probable qu'il n'y en ait pas. Le plongeur a dû marcher au fond de la rivière, tandis que nous progressons en opposition pour ne pas nous mouiller. Tout semble vierge.
En remontant le cours d'eau, au niveau d'un virage avec une plage, nous distinguons immédiatement une rubalise textile accrochée à hauteur d'homme sur une aspérité…
Balisage de Tchétché, ou vestige d'une crue ? L'enquête est en cours…
Bref, sans nul doute, nous avons jonctionné avec le réseau 4 : nous sommes les premiers non-grenouilles à mettre des bottes dans cette rivière, plus de 30 ans après l'explorateur. Bravo à notre collectif !
Pendant ce temps, au-dessus du puits « de la première première », l'équipe des « Marseillais » réalise une escalade compliquée, repérée depuis le début des explorations dans l'aval.
20 m plus haut, la faille se termine, et vers le Nord également… Cette équipe mène depuis quelques temps un travail de fond, éliminant moult points d'interrogation et faisant accélérer l'exploration.
Pour l'instant, ils ne sont pas encore récompensés, mais leurs efforts finiront par payer, nul doute !
Ils se rabattent sur un puits encore non descendu en revenant sur leurs pas dans la galerie principale de l'aval : le puits « terreux ». Très difficile de s'approcher du bord : aucune roche saine pour s'y poser. Ils parviennent quand même à avoir un aperçu.
Vers 2 h 00 du matin, avec Nico, nous prenons la direction du bivouac pour manger et nous coucher. Sur le chemin, nous croisons les Marseillais au puits « terreux ». Nous leur annonçons la bonne nouvelle. Leur équipement est finalisé et prêt à descendre, mais nous décidons de ne pas le faire aujourd'hui.
Le principal était d'avoir un visuel. Ce puits fait à peu près P30, sans prétention particulière. Une prochaine fois, il suffira de le descendre.
De retour au bivouac, en passant par le grand coude du début de la galerie aval, Maxime reçoit une inspiration divine ! Il se glisse entre des blocs à un endroit où nous sommes tous passés plein de fois et qui n'attire pas le regard… et tout à coup, disparaît…
Max… Max…
… et voilà ! Il y a une galerie !
Une galerie fossile en direction du Nord, semblable à la galerie des aragonites. Une première bifurcation mène soit à un énorme puits, soit à la suite horizontale de la galerie. Là, une deuxième bifurcation mène encore soit à un gros puits, soit à la suite horizontale, pour s'arrêter au bout d'une centaine de mètres devant un troisième gros puits qui occupe toute la largeur.
En face, la galerie continue : il faudra installer une vire pour l'atteindre !
Dimanche, 4 h 30 : nous allons nous coucher.
Retour sans encombre l'après-midi.
Bilan : belle pointe d'exploration et jonction historique avec le réseau 4 après plus de 30 ans !
22 / 23 mars 2025
L'eau ça mouille
Romain, Antoine, Lucas, Manon, Raphaël, Thomas, Thibault
Après moultes discussions au sujet de la météo de ce weekend, la sortie est maintenue. La quantité de précipitations prévue semble raisonnable pour une sortie sans trop se mouiller. Du moins c'était notre supposition…
Rdv à 9 h pour notre team, entrée sous terre vers 10 h. À la descente, Romain s'aperçoit que l'âme d'une corde au 2ᵉ fractio du Goliath est rompue dans une oreille, la gaine est molle. Nous nous arrêtons tous deux pour rééquiper proprement et isoler la tonche. La solution est temporaire, il faudra rééquiper ça par la suite. Le temps d'opérer, nous nous faisons rattraper par l'équipe d'Antoine.
Nous parcourons ensuite tous ensemble tranquillement les galeries jusqu'à la Clue, où nous faisons une petite pause. Au passage, nous constatons que le débit est plus élevé que d'habitude. Dans le méandre des Funambules, j'ai la bonne idée de laisser tomber ma pédale au fond du méandre. C'est bien entendu calculé, pour montrer à mes collègues mes performances de passages d'étroiture. Par chance, le courant n'a pas emporté ma pédale, je la retrouve après quelques contorsions à l'aplomb de là où elle est tombée.
Arrivés aux puits du Lapinus, nous entamons la remontée. Cela ruisselle pas mal, les pluies récentes ont eu leur petit effet ; nous serons rapidement mouillés. Lucas est impressionné par le volume et la beauté du P100.
Arrivés au réseau V vers 15 h, pause repas au niveau du local matériel. La team aval nous quitte, puis c'est à notre tour de partir vers la galerie "Mad Max". Nous n'avons que peu de chemin à accomplir dans la galerie principale pour arriver à notre objectif, mais Raphaël, Lucas et moi sommes ébahis par la taille des volumes, c'est assez incroyable pour Calern. Nous passons quelques minutes à chercher le départ de la galerie, mais heureusement, Antoine a laissé un Pompote à son entrée pour qu'on la repère : le départ sous trémie n'est pas évident. Nous nous faufilons entre les blocs, parfois avec un bon ruisselet d'eau pour nous mouiller un peu plus. Nous débouchons ensuite dans une première salle, c'est bien là ! Nous alternons ensuite laminoirs argileux au sol, et salles avec profonds puits estimés à 50 m sur la gauche, jusqu'à arriver au terminus de l'équipe précédente : un puits d'environ 30 m et une potentielle suite en vire au-delà du puits.
Pendant toute la galerie, nous zigzaguons entre une myriade de concrétions d'aragonite bien blanches, dont parfois des stalactites avec de l'aragonite poussant latéralement, indication du sens du courant d'air, comme cela a pu être observé ailleurs au réseau V. Au sol, des monticules de glaise bien rouge et une multitude d'ossements de chauves-souris anciens, pris dans l'argile et parfois noircis par l'oxydation. La galerie descend légèrement. L'aspect et la morphologie de cette galerie me fait penser à la galerie des Aragonites, on dirait une prolongation de cette dernière, étonnant.
Nous organisons les équipes et répartissons le matériel : Romain et Raphaël équiperont la vire et iront voir la suite, Lucas et moi nous occuperons de la topo de la galerie connue. Romain nous explique alors comment nous servir de Topodroid sur son téléphone. Lucas et moi avons l'habitude du bon vieux carnet et n'avons jamais topoté au téléphone. Nous suivons ses explications mais sommes malheureusement confrontés à toute une série de bugs et problèmes : problèmes de communication entre le DistoX et le téléphone + les visées de SplayShots ne s'enregistrent pas... Après plus de 30 min à lutter contre la technologie, nous renonçons finalement pour retrouver le papier. Nous aurions dû nous entraîner auparavant et non pas découvrir la méthode ici, dommage. À partir de là, la topo s'enchaîne plutôt rapidement. Mais nous avons froid et nous n'arrivons pas à sécher depuis des heures, et pour ma part je suis tellement boueuse que ma combi ne se ferme plus du tout. Nous terminons la topo jusqu'à la sortie de la trémie (Topo en PJ).
Pendant ce temps, Romain et Raphaël ont découvert une centaine de mètres après la vire. Nous les rejoignons et pendant que Lucas commence à rassembler du matériel avec Romain, je parcours la suite, guidée par Raphaël. C'est la suite logique de la galerie, même morphologie avec tout autant d'aragonite blanche sur toutes les parois, de glaise et d'ossements de chauves-souris au sol. Une chose est sûre, tout est très beau dans cette galerie. Arrêt sur un nouveau puits bien calcifié, avec lucarne visible en face en hauteur, et potentiellement une nouvelle vire à faire sur la gauche pour atteindre une autre galerie latérale.
Il est alors presque 21 h. Après discussion, Lucas et moi, étant un peu épuisés mentalement par l'eau et le froid, préférons arrêter là et remonter à la surface car nous craignons de passer une mauvaise nuit au bivouac. Romain et Raphaël restent sur place pour rééquiper et peut-être poursuivre un peu l'explo.
En redescendant, nous ne constatons pas de changement quant à l'eau dans les puits du Lapinus, à l'exception du boyau précédant le tout dernier puits, où coule normalement un petit actif. Là, il s'est transformé en bonne petite rivière impossible à esquiver, qui se jette dans le P4 final. Au passage, Lucas vérifie le niveau du S2 : il n'a pas changé par rapport au matin. Nous entamons ensuite les Funambules, et entendons un réel grondement en provenance du fond du méandre. Nous ne traînons pas trop pour ne pas rester longtemps dans cette zone basse du réseau. Arrivés à la Clue, surprise ! Le niveau et le débit d'eau ont au moins triplé. La cuvette dans laquelle les équipes ont l'habitude de se nettoyer est beaucoup plus haute, et l'arrivée d'eau douche carrément fort. Nous devions mettre en place un Reefnet au plus bas de la Clue, mais nous y renonçons finalement au vu de la situation, ce sera pour une prochaine fois.
Nous poursuivons la progression jusqu'à arriver à un véritable bassin d'eau profonde impossible à esquiver en opposition. Ok, nous ne pourrons pas faire autrement, il faut se mettre à l'eau. Nous arriverons à le franchir en ayant de l'eau à mi-cuisses. Les suivants seront similaires. Au détour d'un méandre, nous découvrons de la mousse de crue... Derrière, nous trouvons une véritable cascade digne d'un canyon bien en eau. Nous la franchirons finalement sans trop de problème. Le reste de la Clue se fera sans problème, mais avec toujours de l'eau jusqu'aux genoux.
Une chose est sûre : c'est magnifique. Nous craignons tout de même qu'un passage un peu bas puisse siphonner mais heureusement ce n'est pas le cas. En remontant Mammouth galerie, le bruit de la rivière est un grondement puissant et le niveau de la rivière élevé : l'eau monte au-dessus des chevilles. Toutes les cheminées douchent fort. Répit loin du bruit dans Ali-Baba et pause repas, mais nous ne nous éternisons pas pour ne pas nous laisser gagner par le froid. L'Odyssée est également parcourue par une rivière similaire à Mammouth galerie, et les cheminées douchent aussi.
Nous commençons sérieusement à nous demander à quoi vont ressembler les puits d'entrée et nous inquiétons un peu de pouvoir sortir... Il est minuit passé quand nous arrivons à la base du Goliath. Bon, il douche un peu, mais cela paraît franchissable. Nous démarrons la remontée : le Goliath arrose pas mal mais ça n'est pas handicapant, le bas du David aussi, le P4 qui suit aussi, le météore un peu moins, et après les écoulements ne sont plus du tout un souci jusqu'à la surface, cela mouchette à peine dans le Pendule.
Nous sortons finalement à 1 h 40 sous une chute de neige fondue. Cette remontée aquatique s'est faite sur le pas de course, car nous serons ressortis en seulement 4 h 30. Le retour à la voiture se fait en trottinant, et nous mettons un moment à nous réchauffer sur le trajet retour.
Romain :
Après le départ de Manon et Lucas, je termine d'équiper la vire en fixe. Cela me donne un peu de fil à retordre pour trouver des emplacements pour des amarrages forés dans le plafond. Vers 22 h, on rentre ensuite vers le bivouac, mais il y a un passage étroit dans lequel on doit se faufiler et se passer les kits : avec la crue, c'est une véritable douche qui s'y déverse. Dommage, on avait fini par sécher... On revient rapidement au bivouac, on se change et on essaye de se réchauffer.
Vers 23 h, la deuxième équipe revient. Ils se sont fait arroser soudainement à partir de 21 h. Tous les puits du R5 deviennent arrosés en cas de crue. Une véritable cascade tombe dans le puits d'accès au R5 (heureusement équipé hors crue), idem pour le puits en face du bivouac. De l'eau sort de plein d'endroits inattendus, parfois violemment. Heureusement, dans le bivouac, les pipis sont juste un peu plus fréquents sur les blocs où l'on s'assoit. On mange, on papote – la classique du bivouac – et on passe une bonne nuit.
Le lendemain, il y a moins d'eau et on ne se mouille pas trop à la descente. Par contre, à la remontée du Goliath, on est trempés de nouveau. Une fois sortis, on court aux voitures pour se changer.
26 / 27 avril 2025
Mission : Topo du réseau 4
Benoît, Quentin (Escandaou), Antoine
TPST : 30h00
On finit l'équipement en fixe du puits Abel (P100).
On fait le pendule que j'attendais avec impatience pour rejoindre le départ de galerie dernièrement aperçu dans la paroi sud à mi-hauteur du puits.
On fait la topo à l'avancement, le résultat est décevant par rapport à ce que je m'imaginais.
Mais tout de même, on trouve deux galeries fossiles à peu près parallèles, prenant direction du sud, développant environ 70 m chacune.
L'une d'elles se termine sur une diaclase impénétrable, l'autre sur un comblement partiel d'argile laissant une possibilité de désobstruction.
Cette dernière offre un accès au sol sur un puits non-descendu, rejoignant très probablement la rivière du réseau 4. Elle offre aussi, en hauteur dans la galerie, une possibilité vers l'est par un boyau étroit ventilé que Benoît a forcé sur une vingtaine de mètres (non-topo). Présence de quelques concrétions excentriques dans cette galerie.
Ensuite, nous continuons la topo dans le réseau 4, dans la rivière de la Clef, vers l'aval.
En oppo dans le haut méandre au-dessus du ruisseau, nous rajoutons une quinzaine de visées pour les ajouter à celles de la dernière fois. Cela dans le but de savoir où l'on se trouve exactement sur la topo du premier explorateur.
Et bien, ça ne suffit toujours pas… On fera par la suite des sorties entièrement consacrées au réseau 4.
Bivouac convivial, et retour sans encombre le lendemain.
10 / 11 mai 2025
Parigo, tête de ... :)
Arthur (Abîmes), Antoine, Nicolas (Martel), Arya, Sylvain (Escandaou)
TPST : 32 h
Arthur se joint à une équipe du Collectif Calernaüm pour leur filer un coup de main pour leurs explo dans le tout récemment découvert Réseau 5.
Aven du Calernaüm
Participants : Arthur, Antoine (Club Martel), Nicolas (Club Martel), Arya (Escandaou), Sylvain (Escandaou)
Rendez-vous est donné sur le parking de l'Observatoire de la Côte d'Azur à 09h30, on se change et on rentre dans le trou à 10h30.
On atteint la base des puits (-200 m) en 45 min puis on enchaîne sur un bon rythme : Galerie de l'Odyssée, Galerie Alibaba, Mammouth Galerie, La Clue. À 12h30, on atteint le départ du Méandre des Funambules.
Petite pause et on attaque ce méandre bien nommé, en effet on reste dans le plafond du méandre sur toute la longueur. Les prises ne manquent pas, le passage a même été rendu plus confortable par quelques récents coups de massette. En 35–40 min, on arrive au bout de ce méandre, rapide coup d'œil au siphon menant au Réseau 4.
À partir de là, on se met dans les pas des personnes qui ont exploré cette zone depuis 2021. Petite escalade, boyau, plusieurs puits-failles qui ont été élargis par endroits mais que l'on aimerait voir s'élargir encore. Une petite remontée, une lucarne étroite et on débouche environ au tiers de la hauteur d'un P100 large, propre, impressionnant.
À partir de là, la remontée commence à prendre un autre goût : entre les pendules et les passages de fractionnement en AF, on a le temps d'avoir une pensée admirative pour ceux qui ont donné beaucoup de leur temps dans ce projet. Beau boulot !
Presque en haut du P100, lucarne étroite qui débouche sur un palier où a été découvert un os de gros mammifère (étude encore en cours). P10 légèrement décalé, au pied duquel on fait le plein d'eau, puis on passe un nouveau resserrement et on arrive au pied d'un P30 dans lequel s'ouvre une lucarne à 20 m de haut.
Cette lucarne s'est formée à la faveur d'un petit effondrement local de la paroi qui séparait la série de puits du Réseau 5. À cet effondrement près, les escalades se seraient arrêtées sur rien et ce fabuleux réseau de maintenant plus de 2,5 km serait resté dans l'oubli.
Une fois passée la lucarne, on redescend d'environ 10 m pour prendre pied dans une grande galerie dont le sol est un chaos de blocs. À droite, l'amont, et à gauche, l'aval.
Pause déjeuner bien méritée à 14h (30 ?) puis on se répartit en deux équipes et demie pour se répartir les objectifs de la séance.
Cette séance va surtout servir à rationaliser le matos d'explo réparti à droite à gauche et à commencer certaines escalades pour lever des « ? » qui pourraient nous permettre de déséquiper certaines sections et de récupérer du matériel de nouveau mobilisable.
Sylvain et Nicolas sont allés chercher la corde d'escalade de Max qui se trouvait au bout de la Galerie Mad-Max, pendant qu'Arya accompagne le reste du groupe pour ramener du matériel stocké au niveau du Puits de l'Obus dans l'œil.
Une fois le matériel ramené et stocké à l'entrée de la Galerie Mad-Max, Antoine et Arthur retournent vers le fond de l'aval pour faire une escalade située entre le Puits de la Vire et le Puits du Sud.
Sur le chemin, on croise : des coulées de mondmilch, de jolies concrétions, des blocs de grès vert (curiosité locale, jamais observée auparavant dans le Calernaüm), de la boue rouge qui colle autant qu'au Réseau 1, une zone très concrétionnée par des aragonites (un réseau Lachambre miniature et gris), des concrétions noircies (certainement par du manganèse), des concrétions « brosse à dents », de grandes fistuleuses et de nombreux puits sondés à environ 50 m de profondeur et non descendus faute de temps.
Parmi ces puits, l'un d'entre eux, très large, est impressionnant car sur environ la moitié de son périmètre et sur au moins une dizaine de mètres de hauteur, la paroi est constituée de remplissage argileux victime d'un soutirage : c'est le Puits Terreux. Mieux vaut ne pas trop s'approcher du bord de ce côté.
L'escalade d'Antoine et Arthur se situe à l'endroit où une faille étroite et ventilée recoupe perpendiculairement la galerie. Antoine choisira de grimper du côté de la galerie, plus large.
Durant la séance, Arthur trouve des os de petit mammifère dispersés entre les blocs en face de la faille (peut-être un nouveau Lapinus speleus).
L'escalade aux Pulses se déroule dans un temps raisonnable (la roche est plutôt bonne). Antoine monte d'environ 20 à 25 m et équipe une voie de progression. Arthur le rejoint en récupérant les Pulses au passage.
En haut, on débouche sur un petit plan incliné glaiseux (argile rouge) donnant dans une galerie basse à morphologie phréatique. On progresse vers le sud sur environ 15 m (au doigt mouillé) dans la galerie ventilée avant de s'arrêter sur un virage à droite (vers l'ouest). Arrêt sur étroiture (colonne + paroi) ventilée. On y voit une continuité concrétionnée sur environ 5 m, le courant d'air part nettement dans cette direction.
Dans la galerie, on trouve des gours secs, des ossements de chauves-souris (dont un squelette complet sur une paroi) et une roche encaissante qui se délite au toucher. Dans le gour sec, le sol sonne creux.
À la redescente, Antoine se rend compte que la partie de la cheminée située dans la petite faille ventilée perpendiculaire ne communique pas avec l'escalade que l'on vient de faire. Un « ? » de plus, il faudra revenir.
Pendant ce temps, Sylvain et Nicolas ont débuté une artif au-dessus du départ de la Galerie Mad-Max. Arya les assiste et, pendant les temps morts, effectue énormément de balisage seule, depuis cette escalade jusqu'au Puits Terreux. Le balisage est extrêmement important afin de préserver au maximum la cavité en identifiant un unique passage pour la progression.
Sur le retour, Antoine et Arthur retrouvent Arya au niveau du Puits Terreux. Ils décident de le descendre ensemble grâce à la main courante et à la tête de puits équipées lors d'une précédente séance par les Marseillais.
La corde disponible n'étant visiblement pas assez longue, il y aura un passage de nœud et l'équipement d'un fractionnement pour éviter un frottement. C'est suffisant pour Arthur, qui reste en haut et en profite pour faire une petite sieste (il est 23h).
En bas, Arya et Antoine, après être descendus d'environ 40 m, s'arrêtent sur une grosse trémie complètement propre ; on voit que le Puits Terreux continue à travers les blocs.
Au-dessus, le Puits Terreux continue en hauteur dans de belles dimensions et mérite une artif ; un actif arrive de là.
Arya, Antoine et Arthur retrouvent Sylvain et Nicolas vers 00h30 au bas de leur escalade. Leurs Pulses sont encore en place, ils n'avaient pas d'amarrages inox pour équiper un relais propre. Il faudra revenir demain pour finir cela proprement et déséquiper les Pulses.
Au bivouac, on se change avec des vêtements secs, on mange chaud, on papote, on se réhydrate et on dort (Antoine dans son hamac, les autres dans la tente en bâche). On se couche vers 03h. Le repos est le bienvenu et la nuit est ponctuée de ronflements venant de tous les membres de l'équipe. On dort plutôt bien malgré les 7,5 °C de la cavité.
Bivouac cinq étoiles quand on est une petite équipe de cinq !
Réveil à 09h30, on se lève, on mange, on se réhydrate, on nettoie le bivouac, on range tout et on repart.
Antoine file en mission express récupérer des ancrages inox au dépôt de matériel du Puits de l'Obus dans l'œil, tandis que les autres finissent le rangement et la préparation du matos.
Sylvain et Nicolas iront finir leur escalade sous la supervision d'Antoine, tandis qu'Arya et Arthur redescendent les cordes en bas du premier puits pour qu'elles se nettoient sous le pipi coulant du plafond et les bouteilles vides sur le palier humide en haut du P100.
L'ensemble de l'équipe repart aux alentours de 13h15. On arrive devant le Méandre des Funambules à 14h15 et on en ressort à 14h45. Pause nettoyage et pique-nique à La Clue, on repart à 15h45 pour arriver au bas du Puits Goliath à 17h.
Durant la remontée, Arya retrouve à la base du Puits David les lunettes que Michel Isnard avait égarées lors d'une précédente sortie.
Sortie du trou à 18h30 et retour aux voitures en papotant des différents objectifs possibles pour le camp de cet été au Marguareis.
Une chouette cavité, très chouette explo et collectif avec une excellente mentalité, on reviendra !
17 / 18 mai 2025
Boulègue, fada !
Maxime, Camille, Isabelle, Emeric.
Comme prévu, nous sommes retournés dans Mad Max avec pour objectif de topoter la galerie qui part au sud (maxi sud sur la topo de Romain, mais que nous souhaitons renommer galerie de l'Insouciance, car Thibault l'avait découverte et s'y était baladé sans savoir qu'il était en première) et de tenter de trouver une suite.
Camille, équipée de ses énormes balls, nous a installé un pendule très pêchu de façon remarquable pour traverser le Puits Violet, tel que l'auraient fait les anciens.
Cela nous a permis de trouver la suite de la galerie, très jolie.
160 m topotés (en plan), dont la moitié en première ce week-end.
28 / 29 juin 2025
Une surprise ?
Romain et Antoine : Les Crazy Cocorico
Max, Anaelle et Michel : Les Joyeux Houla-hops
TPST : 34 h 00
Rééquipement partiel des remontées d'accès au réseau V avec du matos tout neuf, tout blanc, depuis le réseau 5 jusqu'au 3ᵉ frac du P90.
On réalise une jonction lumière et voix entre la tête du P90 et la grande galerie (galerie du Miroir) du réseau 5, pendant que l'autre équipe se préparait au niveau du local matos. Cela supprime partiellement un point d'interrogation.
Dans la galerie « Mad Max », galerie perpendiculaire à la grande galerie (galerie du Miroir), l'exploration est poursuivie en commençant à descendre l'un des nombreux puits creusant le sol de cette galerie.
Le puits « Rouge » (P30) offre deux continuités : l'une queute une vingtaine de mètres en dessous, l'autre mène sur une immense verticale, sondée à 80 m. La descente est interrompue par manque de matériel apporté… La topo est en cours, mais logiquement la base du P80 devrait être située au niveau du début de la Clue du réseau II : un shunt au Méandre des Funambules ? La prochaine équipe nous le dira.
Face au bivouac, dans la grande galerie du réseau 5, s'ouvre un puits qui s'enchaîne sur deux autres.
L'équipe précédente s'est arrêtée au niveau d'un fractio au 3ᵉ puits (puits du « Grand Spéléo »), d'une quarantaine de mètres, qui offre deux continuités : l'une descend encore d'une vingtaine de mètres avec arrêt sur étroiture (franchissable), l'autre, après une petite remontée (3 m), mène dans une salle (élargissement de la faille). Là s'ouvre au sol une belle verticale, sondée à plus de 60 m ; ça semble être bien large. Arrêt topo ici.
Là, ça sera peut-être un autre accès au réseau IV… la prochaine équipe nous le dira.
On a profité de la saison pour relever les courants d'air.
Pour résumer, tout semble être aspiré vers « l'aval » de la galerie principale, on suppose vers le puits « Abel », donc vers le réseau IV, mais on n'a pas eu le temps de pousser la prospection assez loin.
Il serait intéressant de continuer la prospection au bout de l'aval cet été pour confirmer et, qui sait, trouver une surprise !
25 / 26 octobre 2025
Benvenuto Lazzaro !
Arya et Sylvain (Escandaou), Lazzaro (GSP, moteur des explorations au Margua), Clara (CAF Strasbourg), Nicolas et Antoine (Martel)
TPST : 32H00
Une séance supplémentaire d'explo dans le réseau 5. C'est une reprise après la saison au Margua. C'était aussi une reprise pour une équipe de Marseillais le week-end précédent, alors que nous étions au barnum SSF.
Eux ont continué à explorer le puits Rouge s'ouvrant dans la galerie Mad Max. Ils ont pu descendre 80 m ; parfois la roche est mauvaise, et il reste au moins 50 m en dessous ! P130 minimum, peut-être le plus profond puits des Alpes-Maritimes ! En étudiant la topo, le fond du puits doit jonctionner avec la Clue du réseau 2. Normalement, on le saura lors d'une prochaine séance.
En ce qui nous concerne, une équipe composée d'Arya, Lazzaro et moi a poursuivi l'exploration de l'enchaînement de puits au départ proche du bivouac.
C'est la 3e séance : nous avons pu descendre encore 3 puits en première, le dernier n'offrant aucune possibilité de continuité.
La topo est en cours de raccordement.
On a ressorti tout le matos de cette branche et tout réorganisé au local matériel.
L'autre équipe, Clara, Sylvain et Nicolas, devait poursuivre l'escalade dans la galerie principale, proche du départ de la galerie Mad Max, mais a inventé un prétexte pour faire du tourisme dans l'amont… Je taquine, c'est de bonne guerre…
Le perfo que je leur ai confié n'a pas fonctionné… alors qu'à mon retour il a fonctionné du premier coup… Il est équipé d'une sécurité de reconnaissance tactile et ne reconnaît que ma main…
Au retour le lendemain, un peu de rééquipement dans le P90 du Lapinus avec le matos des subs.
Prévoir un rataillon de corde de 15 m pour remplacer la tonche isolée dans le 3e puits d'entrée.
La cordelette de la dev du puits d'entrée a été retirée par inadvertance au déséquipement, puis replacée en attente dans une broche bien visible.
18 / 19 octobre 2025
Des perles...
Alexandra, Alexandre, Camille, Emeric, Pierre, Maxime.
TPST : 30h00
Reprise tranquille, nous n'avons pas été aussi efficaces qu'on l'aurait voulu, mais nous avons quand même un peu avancé !
Reprise de la descente du puits Rouge, mais pas terminée.
Environ 80 m descendus et équipés en fixe. Il reste à la louche une cinquantaine de mètres à descendre a priori, le fond est difficilement discernable.
La topo du puits est partiellement réalisée (il manque la longueur du dernier fractio).
Au-dessus du puits Rouge, il y avait un autre puits plus au nord, 7–8 m à descendre, avec une cheminée au-dessus.
Nous l'avons descendu : le fond est très joli, avec des perles de calcite. Une lucarne au fond du puits permet de jonctionner avec la galerie de la Flemme.
Début d'escalade de la cheminée, non terminée.
Les Alex² ont fait un peu de biospéleo et ont trouvé quelques coléoptères. Nous avons également vu un petit rhinolophe dans Mad Max.
Les duvets étaient nickel. Nous avons refait toutes les chaussettes de carbure. La bite à carbure est vide du coup, nous l'avons remontée.
13 / 14 décembre 2025
Vestiges d'époque
Marine et Benoît
Emeric, Camille et Antoine
TPST : 32 h
En cette belle journée ensoleillée de décembre, les taupes acharnées que nous sommes préfèrent s'enterrer pour le week-end ! On se prépare tranquillement au parking pendant qu'Antoine va récupérer un truc dans un trou à côté, on traîne un peu, il aurait pu équiper l'entrée en attendant mais il nous a laissé la corde !
Peu importe, on arrive, il équipe, on profite une dernière fois du soleil, méditant au fait que nous ne le reverrons que lundi, puis on s'enterre joyeusement ! Il est 11h15.
On descend puis remonte tranquillement mais sûrement jusqu'au réseau 5. En faisant attention, je calcule qu'il est possible d'enlever son kit du dos seulement deux fois entre le bas du Goliath et le bas du Lapinus ; il est possible de gagner encore un point mais ça devient technique !
Arrivés au réseau 5, comme il est agréable de rejoindre cet endroit pour tous les explorateurs, on se sépare en deux équipes : Camille, Emeric et Antoine iront topographier le réseau 4, et Marine et moi faire une escalade au « puits des crottes ».
Équipe escalade :
On prend tout le matos et c'est parti ! Arrivés au boyau des crottes, on trouve une corde oubliée au début du puits, elle doit bien faire 50/60 m. On est contents : de la corde en plus ! On se sert de cette corde pour équiper péniblement une vire remontante déversante, puis on arrive sur une plateforme pour débuter l'escalade. Il est aussi possible de descendre le puits, mais ça, c'est pour une prochaine fois : aujourd'hui on monte !
Allez, on enchaîne quelques longueurs dans ce puits actif, on équipe avec cette même corde. Il n'y a pas beaucoup d'air mais quand même un léger souffle… À force de remonter, on perd l'eau dans un puits parallèle qu'il est impossible de rejoindre à cause d'une étroiture. Cependant, le puits continue : on remonte une dizaine de mètres et on rejoint de nouveau l'eau. On est contents, ça continue à perte de vue. En plus, à ce niveau, nous voyons des mouches qui viennent de l'extérieur !!! On est surmotivés !
Cependant, il est 2h30 du matin, il faut arrêter là. On reviendra… On estime 40/50 m remontés.
Retour au bivouac, on rejoint les autres qui ont aussi bien bossé. On mange, on se raconte notre journée dans la bonne humeur, puis on va dormir, le sommeil nous rattrape. Couché à 4h.
Équipe réseau 4 :
Les deux Marseillais ne sont pas en grande forme à cause de leur explo du week-end précédent, en plus Camille s'est vautrée lamentablement dans la Clue. On maintient quand même notre objectif : retopo du R4, pour bien ajuster la synthèse.
Le puits d'accès (puits Abel) débouche au milieu de la rivière de la Clef du R4, explorée par Didier Sessegolo en 1992.
On visite l'amont, plus de 30 ans après la première, il y a presque prescription…
On découvre une formation argileuse étonnante à l'aspect de peau de serpent, on équipe deux obstacles, on trouve les traces de pas du plongeur, des cairns, une fiche topo.
La galerie a l'aspect d'un trou de serrure, on progresse souvent en hauteur.
On laisse pour le moment la seule branche de gauche et celle à droite qui va au S2. On ne fait pas non plus la branche de la boucle du Paumé dans le passage semi-noyé.
Plus on monte vers l'amont, plus la rivière rétrécit puisqu'elle récupère différents affluents de cheminées actives.
La galerie du Désespoir est différente, peut-être le contact avec les marnes… Emeric observe un plafond plat qui pourrait être le chevauchement. Mais c'est étroit, l'observation est difficile.
Au bout, il y a une fourche :
– à gauche, la trémie, passage impénétrable à travers les blocs, Tchétché a mis des coups de massette, présence de l'actif ;
– à droite à la fourche, encore une arrivée active, comme toujours sur la droite.
En déplaçant quelques blocs, on franchit un ressaut dans une trémie pour arriver à la base d'un puits qu'on peut grimper librement dans une trémie sur le côté, puis sur des becquets en escalier dans le puits. On s'arrête là pour aujourd'hui, mais l'escalade de ce puits pourrait peut-être shunter la trémie…
On fait les visées au retour jusqu'à raccorder avec notre dernier point (la rubalise).
Efficaces à trois : je marque à la craie grasse, Emeric fait les visées, Camille le dessin avec TopoDroid.
Retour sans encombre au bivouac, on attend le retour des deux grimpeurs, prêts à réenfiler notre matos mouillé, mais vers 3h30 ils sont là.
Retour tranquille dimanche en début d'après-midi.
Réveil à 11h, on mange, on range, on remange puis il est temps de rejoindre ce triste monde de la surface… On sort tranquillement mais toujours dans la bonne humeur ! Sortie à 19h30.
Les deux missions sont à poursuivre, la motivation est présente !!

















